« L’art de ne rien faire »

C’est l’une des choses les plus délicates à comprendre, dans la philosophie des écoles démocratiques de type Sudbury : mais que font les membres de l’équipe, au juste ??

« Rien ».

Ou presque 😉 En tout cas, le job des membres du staff a été décrit par Daniel Greenberg, le fondateur de la 1ère école Sudbury en 1969 comme « l’art de ne rien faire ». 

« Rien », vraiment ?

Oui. Et pourtant, je vous assure que nous sommes tellement occupés qu’on en oublie de boire notre café, de finir notre barre chocolatée, ou de terminer ce petit truc qui attend depuis 3 jours d’être fini…

« L’art de ne rien faire », c’est l’art de ne pas interférer dans les petites (et grandes) affaires de l’enfant : pas d’intervention, pas de jugement, pas de « conseil avisé », pas de proposition « bien intentionnée », etc…

Je trouve en tout cas pour ma part que c’est l’une des parties les plus passionnantes de la découverte de la philosophie de ce modèle… Car elle remet en cause à peu près tout, dans nos rapports à l’enfant !

Nous allons donc y revenir souvent sur ce blog, car c’est quelque chose de très délicat à comprendre, et encore plus à intégrer : comment être auprès de tous ces enfants, au quotidien, sans interférer dans leurs choix, dans leurs activités ?

« Si je fais/dis ça, je les influence ? », « Si je leur propose ceci, est-ce que je ne les force pas un peu ? ». 

Que projette-on sur l’enfant quand on lui propose une activité ? Même avec toute la bonne volonté du monde, surement un peu de notre égo (« je vais te montrer que je sais faire ça »), un peu de supériorité (« je vais te montrer comment on fait ») ?

Lors de nos réunions ouvertes, au printemps 2015, nous sommes revenus maintes et maintes fois sur cette épineuse question : faut-il proposer à l’enfant ? Faut-il lui montrer ? Faut-il faire l’air de rien, histoire qu’il soit intéressé ? Non, c’est tout ce que nous devons éviter. Si un adulte super bien intentionné avait montré à Picasso « comment on dessine un visage », serait-il devenu Picasso ?? (exemple extrême, j’en conviens :))

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Je voulais commencer l’exploration de cette difficile question de « l’art de ne rien faire » en vous partageant un article écrit par une maman américaine sur la « do nothing strategy » des écoles Sudbury (article en anglais par ici). Cette maman a eu une image merveilleuse, qui m’a vraiment aidée à y voir clair et à comprendre ce que j’allais devoir « être » au sein de l’école. Pour cela, cette maman fait un parallèle entre le job de staff en école Sudbury et le sien : sage-femme !

Elle commence par parler d’abord de l’expérience de ses filles, dit ses inquiétudes quant à celle de 4 ans qui n’a fait pendant plusieurs mois que « coller » sa soeur, raconte ses doutes et sa décision de revenir en arrière, jusqu’au moment où la petite de 4 ans a, un jour, sans préavis, lâché sa soeur et pris son envol.

Elle y décrit ensuite cette formidable comparaison entre le job du staff et son propre job : sage-femme. Et c’est tellement éclairant !!

Que fait une sage-femme ? Elle observe et elle attend : (sauf en cas de problème médical) ce n’est pas elle qui va déclencher l’accouchement, ce n’est pas elle qui va dire à la mère ou au bébé que c’est « le » moment, ce n’est pas elle qui va sortir le bébé de force… (ce n’est plus toujours vrai partout, malheureusement…)
Elle est là pour observer, attendre, écouter la mère au besoin, la conseiller SI la mère a des questions, l’aider SI la mère le demande. Rien de plus. Tout conseil « forcé » de la sage-femme à la mère, même bienveillant, ne sera qu’un conseil personnel qui ne sera donc pas forcément adapté à cette mère-ci, à ce vécu-ci.

Et si la sage-femme peut ne RIEN faire pendant le processus de l’accouchement et laisser la mère accoucher seule, peu importe la temps que celle-ci prend, alors ce sera le + beau des accouchements !

Idem pour l’enfant, dans une école Sudbury… Car dans les 2 cas, ce sont des processus de « naître à soi-même », ce sont des processus naturels !
Processus naturels pour lesquels je ne renie absolument pas les bienfaits des progrès de la science, évidemment… Mais pourquoi tomber dans l’excès, dans l’hypermédicalisation, dans l’hypercontrôle et l’hypersurveillance au détriment dudit processus naturel ?

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J’irai même + loin que cette maman dans la comparaison : pour avoir accouché 2 fois, la 1ère fois dans un hôpital hyper médicalisé (juste parce que j’habitais à côté), sous péridurale et avec la sensation d’avoir été privée de ma « liberté » d’accoucher comme je le souhaitais, et la 2nde fois dans une petite maternité bienveillante, sans péridurale (par choix), dans le respect et l’accompagnement, où j’ai pu choisir mes positions et sortir ma fille moi-même de mon ventre, je fais facilement le parallèle entre l’accouchement et l’éducation-instruction :

L’éducation d’un enfant ne devrait être principalement que l’accompagnement à un accouchement de lui-même, et l’enseignant/l’adulte un « maître » dans l’art de la maïeutique.

Pourquoi privons-nous les femmes de leur liberté d’accoucher comme elles le souhaitent de la même façon que nous privons les enfants de leur choix éducatifs (centres d’intérêts, passions, rythmes propres) ? Pourquoi persistons-nous à croire que l’enfant ne sait pas ce qui est bon pour lui, et ne sera pas capable de choisir pour lui ?
En faisant cela, en nous immisçant de façon autoritaire et en nous plaçant en position de supériorité (médecin/maman et enseignant/enfant), nous créons des situations où les femmes ne « savent plus » accoucher et où les enfants ne savent plus choisir leurs propres intérêts et passions.

Et du coup, très souvent, nous créons des problèmes !

Nous créons des doutes, des peurs, des souffrances et de l’ignorance.

Nous créons de l’ignorance de soi !

Dans l’accouchement comme dans l’éducation, nous déconnectons l’être humain de son être intérieur, en lui imposant des situations de force (position d’accouchement pour le confort de l’accoucheur, horaires, méthodes de travail et enfermement pour l’enfant pour le confort de l’enseignant).
De ces processus naturels, qui s’inscrivent naturellement dans une culture donnée, nous faisons des processus artificiels, et l’accouchement comme l’éducation doivent alors passer, souvent, par l’utilisation de forceps

Comme le dit un papa dans le film de Clara Bellar, « Etre et devenir », ce qui est le + important c’est « TRUST AND WAIT » : faire confiance et attendre !
Or, nous ne savons plus faire confiance, et nous ne savons plus attendre…

Nous voulons des résultats, nous voulons des assurances.

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Je peux encore faire la comparaison entre ce qu’écrit la maman dans cet article et ce que dit Daniel Greenberg dans ses écrits sur Sudbury : certains accouchements sont + longs que d’autres, comme certains enfants mettent + de temps à se (re)trouver eux-mêmes. Mais ça ne nous autorise pas à intervenir de force, malgré tout… Trust and Wait !

« In doing nothing we become excellent at waiting. Waiting gives us a chance to see what may come »

(« En ne faisant rien nous devenons excellents dans l’art de l’attente. Attendre nous donne une chance de voir ce qui va peut-être advenir »

« In doing nothing, we give our children space to be. (…) As a parent, as a midwife, as a gardener, and as a human being, the challenge of deciding when to do something and when to do nothing requires a constant awareness of the most basic emotions. »

« En ne faisant rien, nous donnons à nos enfants la place d’être. (…) En tant que parent, en tant que sage-femme, en tant que jardinier et en tant qu’être humain, le challenge de décider quand faire quelque chose et quand décider de ne rien faire requiert une conscience constante des émotions les plus basiques »

« Fear makes me want (…), to intervene, to try to correct something I think might be wrong. But Jane’s experience, like a long birth or a seed in the spring garden, reminded me that the instinct to wait and see, the act of doing nothing, allows for something to be. »

« La peur me donne envie d’intervenir, de corriger quelque chose que je pense être faux/mauvais. Mais l’expérience de Jane {la fille de la sage-femme}, comme une longue naissance ou une graine dans un jardin de printemps, m’a rappelé que l’instinct d’attendre et de voir, que l’art de ne rien faire, autorisaient quelque chose à être/naître »

***

J’espère que l’article de cette maman vous touchera autant qu’il m’a touché !

Et je sais pertinemment que mon article soulèvera des tas de questions. Peut-être même que mon message ne sera pas toujours bien compris (6 ans d’expérience de blog m’ont appris que les messages écrits étaient souvent sujets à mé-compréhension !). Mais ces questions ne resteront pas longtemps sans réponse… nous y reviendrons, car c’est une question épineuse, qui creuse, creuse dans nos héritages et notre vision de l’éducation, de l’enfant. Et surtout, n’hésitez pas à laisser des commentaires ou à poser des questions : nous pourrons nous en servir pour continuer à explorer tout ça 😉

Marie

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16 réflexions sur “« L’art de ne rien faire »

  1. Bonsoir !
    je trouve votre article très clair et très parlant ! la comparaison entre l’accouchement et l’éducation est pour moi absolument pertinente, certainement du fait de mon métier (psychothérapeute) et m’encourage à poursuivre le projet de créer une autre école Sudbury en France ! ;o)
    Merci pour ce très beau partage ! :o)
    Sandra L.

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  2. Je pense bien percevoir ce que vous voulez dire, Marie, dans cet article d’un point de vue « communication ». Je trouve un peu risqué néanmoins de mettre en avant « l’art de ne rien faire » sans mentionner l’importance du travail personnel que cela implique pour arriver à la pratique de cet art. Les lecteurs pourraient croire qu’il s’agit juste d’observer et attendre. Je trouve très important d’insister sur le fait de savoir être présent et accompagner est un vrai métier qui ne s’improvise pas. Un vrai travail d’intérêt public, selon moi pour informer parents parents et enseignants en quête d’une nouvelle posture éducative. Il s’agit bien d’un nouveau métier, un métier en posture « méta » qui requiert un travail sur soi colossal et demande une implication personnelle de chaque instant pour un résultat à la hauteur de notre investissement. Vaste sujet que l’on ne peut pas circonscrire en une publication, certes! J’ai hâte de lire la suite et aimerais bien creuser avec vous, Marie, ce sujet que je trouve passionnant. Bravo pour cette belle école. et moi aussi partante pour dupliquer le modèle en France!
    Gersende Gollier

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  3. Votre message résonne fort en moi en ce temps ou je me pose la question de quoi faire.
    Plus enfant- pas parent- adulte en développement.
    J’ai tellement eu l’habitude d’attendre des professeurs que l’on me dise quoi faire, que l’on me dise si c’est bien ou pas. Comment continuer ou arrêter.
    Que le chemin de confiance en mes propres envies est long.
    Comment les entendre? Leurs faire confiance? Les développer?
    J’ai du coup besoin de temps. De temps de rien. Ou je me retrouve face à un vide, une page blanche pour trouver, retrouver l’envie d’y écrire qui je suis, pour savoir ce dont j’ai envie.
    Thérésa

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  4. merci!
    comme ça me fait du bien de vous lire! Vous n’imaginez pas à quelle point je suis frustrée dans mon quotidien d’animatrice auprès d’enfants dans une structure d’education populaire certes serieuse et competente mais… toute la journée il faut « animer » les enfants (comme s’ils avaient besoin de nous alors qu’ils sont plein de vie), intervenir, proposer, faire la police aussi,…. bref en tant que maman de deux filles (4 et 6 ans) j’essaie d’aller instinctivement sur cette voie-là sans savoir qu’il existait des ecoles de ce genre (je vais creuser la question). D’ailleurs j’adore aussi la comparaison car cela me rappelle l’agriculture du « non-agir » de Masanobu Fukuoka dont je me sens très proche.

    J’attends votre prochain article où j’espère vous nous en direz un peu plus sur comment s’y prendre concretement 😉

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  5. Picasso a pris des cours pendant des années…et c’était un excellent dessinateur. Voir « science et charité » (peint à l’âge de 17 ans !) par exemple….

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    1. L’exemple de Picasso est intéressant. Ce ne sont pas ces cours qu’il a pris une manière de s’approprier sa culture ? La culture est peut être un des traits les plus essentiels et caractéristiques de l’être humain. Ça nous permet de bénéficier de tout ce que d’autres ont appris et découvert avant nous, la peinture, la musique, les mathématiques, les sciences, sans avoir à les réinventer encore et encore. Est-ce que ce n’est pas un peu artificiel dans le rôle décrit par Marie de se forcer à ne pas partager par crainte d’influencer ? Est-ce que ce n’est pas un peu radin? Attention : il ne s’agit pas de forcer ni de gaver, mais bien de partager. Enfin, est-ce que cette interdiction de partager, de proposer, n’est pas une différence artificielle introduite entre enfants et adultes ? : Les enfants seraient encouragés à partager entre eux, mais pas les adultes ?

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      1. Et bien justement Roberto, la réponse à votre question fait partie de toutes les choses que je disais ne pas avoir le temps d’aborder dans cet article… l’idée n’est VRAIMENT PAS de refuser tout partage adulte-enfant, ni même de nier l’influence que nous avons tous sur les autres, mais bien de différencier ce qui se cache derrière. Et c’est loin d’être évident : à saisir, mais également à intégrer dans une posture face à l’enfant. Et comme l’a écrit Daniel Greenberg, il faut des années d’expérience pour y arriver !
        D’ailleurs il a eu aussi la même image que vous : heureusement que nous vivons dans une culture donnée et notamment dans une culture de partage, de communication, de TRANSMISSION, sinon il faudrait inventer la roue à chaque génération !

        Tout l’art « de ne rien faire » est justement très délicat car il impose d’être LA, sans pour autant être trop là, ou « mal là ».
        La transmission est essentielle, mais la différence est de taille : si on prend par ex le cas d’un adolescent, la différence est de taille selon qu’il est face à un enseignant dans un établissement scolaire (maître qui sait/élève qui reçoit), ou face à un maître d’apprentissage : le 1er impose une culture donnée à un élève qui ne demande pas spécialement de recevoir ses apprentissages, le second a choisi (+ ou – librement, mais passons sur cet autre débat !) de recevoir un apprentissage par un « maître » en la matière.

        Le staff d’une école Sudbury ne doit pas être choisi en fonction de ses compétences, mais nous nous devons de mettre en place un réseau de compétences, et nous positionner face aux élèves comme des adultes responsables, respectueux et bienveillants (des « modèles » concernant la philosophie de l’école), mais aussi des adultes qui ont des passions, des compétences et des talents qui sont disponibles à la demande de l’élève. A SA demande uniquement…
        Comme je l’ai écris, c’est un très long cheminement pour comprendre « l’art de ne rien faire », mais c’est passionnant !

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  6. Je trouve votre école très intéressante. Je suis professeur des écoles et depuis plusieurs années maintenant je cherche à mettre en place une façon de faire différentes. Je veux que mes élèves viennent à l’école par plaisir, car ils savent qu’ils seront libres de faire, d’apprendre, d’échanger… Mais c’est très difficile quand on est inspectée!
    Si vous connaissez des personnes intéressées pour créer une école de ce type dans les cotes d’Armor, je suis partante!!!!

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  7. Bonjour,

    je suis suis en théorie en plein accord avec les apprentissages informels autonomes, et je suis en cours de réflexion sur la création d’une école dans cet esprit.
    Mais en pratique, je n’arrive pas à trouver la « bonne posture », et parfois ne pas faire d’invitation ne me semble ni « juste », ni matériellement possible.
    Ainsi, je n’imagine pas ne pas faire découvrir la pâte à modeler ou la peinture à mes enfants. Or, c’est forcément une invitation que de fabriquer ou acheter du matériel, non ?

    Il me semble que l’environnement est un « enseignant » à part entière (une notion très explicite dans la pédagogie Reggio), justement parce qu’il invite à faire des découvertes.
    S’il n’y a pas d’instruments de musique et que personne n’en écoute, l’enfant ne pourra pas la découvrir (ou bien tard, au compte goutte, à l’extérieur). Dommage, non ?

    De même, si certaines matières sont très accessibles en quelques minutes au quotidien (compter en mettant la table, faire des fractions en cuisinant, etc), qu’en est-il de la lecture et de l’écriture ?
    Mon aînée s’ennuie à l’école, je fais donc un cahier de lecture avec elle (elle adore !). Mauvais choix ?
    Je suis en train de lui fabriquer du matériel montessori, pour varier les approches et approfondir. Mauvaise idée ?
    Mais comment permettre ces apprentissages sans invitations créées par un adulte ? Vraiment, je ne vois pas…
    Merci d’éclairer ma lanterne : je creuse, je chercher… mais j’aimerais bien trouver avant de déscolariser mes enfants !

    Merci pour le lien avec le métier de sage-femme : ça me parle tout à fait, et ça me permettra de mieux en parler autour de moi.

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    1. Bonjour Elise

      C’est justement « la » grande question : qu’est-ce que « proposer » ?
      Je suis également persuadée que l’environnement est un éducateur en tant que tel (comme dans la philosophie Reggio que j’aime bp). L’environnement se doit d’être riche et incitatif, au même titre que l’est le principe du multi-âge : c’est rencontrer les personnes, les voir agir et découvrir leurs centres d’intérêt qui va amener naturellement les enfants à découvrir de nouvelles choses potentiellement intéressantes pour eux.
      Pour l’environnement c’est pareil. Je ne dis pas que c’est simple par contre, car quand on créé cet environnement, on y amène déjà notre « touche », donc nos propres intérêts, notre culture, etc
      Je pense que l’environnement, le multi-âge et l’ouverture à l’extérieur se conjuguent pour ouvrir à l’enfant le max de portes possibles, qu’il n’a plus qu’à explorer (ou pas).

      Pour moi ce que tu fais n’est pas négatif, tant que tu gardes en tête que tu ne le fais pour amener ton enfant à tel endroit, parce que c’est ce que tu veux, toi… Pareil si tu aimes fabriquer du matériel Montessori, tant que derrière, ton enfant peut se l’approprier comme il le veut (et a aussi la possibilité de ne pas se l’approprier parce que ça ne l’intéresse pas :))

      Ce qui serait génial, ce serait une école ouverte dans une boutique de matériel artistique, de bricolage et de musique, où les enfants peuvent piocher là où ils souhaitent, quand ils en ont envie 😉

      Bref : cette question c’est un long combat intérieur et avec les autres !

      Marie

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      1. Bonjour,
        comme ce serait formidable aussi pour les adultes d’avoir tout cela à disposition ! Rêvons un peu, et ajoutons un peu de matériel scientifique (microscope, lunette astronomique, etc), un tour de potier, le matériel des jardiniers, et bienvenue au paradis ! 🙂

        Mon aînée a 5 ans, et j’aimerais déjà arriver à ça :
        http://coquelipop.blogspot.fr/p/le-laboratelier-aujourdhui.html
        Ça donne envie de retomber en enfance, non ? 🙂

        Avec la double limite chez nous de ne pas avoir d’espace dédié (tout se passe dans la pièce à vivre où nous mangeons aussi sur notre unique table) et d’avoir une petite dernière en mode exploration à 4 pattes. Peinture, colles et ciseaux ne sont donc plus aussi faciles d’accès pour ses grandes sœurs, et j’ai remisé les perles.
        Le multi-génération, c’est bien, mais c’est aussi très contraignant !
        Surtout avec 1 seul adulte pour accompagner les (un peu) plus grandes ET veiller sur la petite.

        Peut-être est-ce d’ailleurs impossible à transposer à la maison ? Comment ça se passe dans les familles des enfants scolarisés chez vous ?

        Je m’interroge à ce sujet, car j’ai plutôt une organisation très figée pour les horaires des repas et j’impose également la sieste. Alors que j’aimerais permettre à mes enfants d’écouter leur corps, comme dans la toute petite enfance où sommeil et allaitement se font à la demande (sauf s’il y a des aînés scolarisés !), et que ce serait probablement le cas dans notre école démocratique.

        Mais tant que mes enfants n’auront pas leur certification verte « repas » (préparer seul – manger seul ET débarrasser seul, miettes au sol comprises) et « gestion des émotions » (avec option zéro violence physique sur autrui ET les objets), c’est juste hors de question pour moi de m’adapter au rythme de chacune de mes filles : je partirai en burn-out à préparer et débarrasser chaque jour 3×4 repas ! Et comment faire pour bricoler / faire un jeu de société ensemble si la table est constamment encombrée de nourriture et moi toujours en train de faire de la logistique ?

        Or c’est peut-être un peu idiot, mais ça fait partie de mes freins à la création de cette école. Car avec suffisamment d’adultes sur place, ça se passerait sans doute très bien (enfin, jusqu’à 15h, parce que sans la sieste, ça dégénère quand même assez vite). Mais je n’ai pas du tout envie de subir les conséquences sur la soirée ensuite. Mes 3 miss ont un tempérament plutôt explosif. Une méga-crise tous les soirs, multipliée par trois, ce n’est même pas envisageable…
        Je me retrouverai donc dans une position très inconfortable de double posture : démocratique à l’école… puis régime autoritaire à la maison (bienveillant au maximum, mais après une semaine de nuits hachées par une sortie de dents, je ne réponds plus de rien) pour réussir à préparer le repas tout en gérant conflits, bobos et dégâts matériels !

        J’ai l’impression que c’est en réalité un conflit de valeurs :
        – une école démocratique met en priorité les intérêts particuliers : permettre à chacun de trouver ce qui est juste pour lui-même.
        – au quotidien, je mets d’abord l’intérêt général : ce qui va permettre d’avoir une harmonie familiale maximum, une organisation commune qui facilite le quotidien (la sieste à la même heure pour sortir ensuite, les repas à la même heure pour libérer la table…).
        De loin, ça ressemble un peu à mon intérêt personnel à moi… sauf que la satisfaction de leurs besoins primaires (manger) et de certains de leurs désirs / besoins secondaires (activité manuelle, musicale, sorties) passent en totalité ou partiellement par moi (c’est assez effrayant, d’ailleurs). Si je ne me ménage pas un peu, ce sera la catastrophe pour tout le monde.

        Comment gérer ce dilemme ?
        Je suppose qu’il y a aussi des familles où les horaires de repas et de couchers sont figés ?

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