Les « certifications » pour affaiblir un peu + la notion d’âge

Les écoles démocratiques de type Sudbury fonctionnent par un système de « certification » : chaque activité (ou presque) est soumise à des règles (encore des règles !! quand on vous dit que nous ne sommes pas une école « libre » et que non, si les enfants « font ce qu’ils veulent », ça ne veut pas dire anarchie – surtout pas -).

C’est quoi une certification et ça concerne quoi ?

Ca concerne les clubs de l’école et l’autorisation donnée à chacun d’utiliser le matériel qui leur sont liés : la cuisine (utilisation du micro-onde, des plaques de cuisson, des couteaux tranchants…), le matériel d’art (l’argile, l’acrylique, les bandes plâtrées, le papier 120g…), les jouets, les instruments de musique, etc.

A quoi ça sert ? C’est primordial : ça permet d’autoriser n’importe quel élève, PEU IMPORTE SON AGE, à utiliser du matériel de l’école en fonction de ses compétences et de son niveau d’autonomie.

Chez nous, pas de « c’est à partir de 8 ans » ou de « t’es trop petit ».

Mais plutôt : « tu veux utiliser le micro-ondes/l’argile et ses outils/ le cutter ? Ok, montre-moi que tu sais faire en toute sécurité, viens passer ta certification et tu seras libre de les utiliser quand bon te chante ».

Ecole dynamique-4

C’est une responsabilisation totale, accompagnée par un « certificateur », ceux qui ont acquis la capacité de pouvoir donner la certification à un autre.

Au-dessus de ces certificateurs on trouve les « formateurs » : ceux qui donnent le titre de certificateur, ceux qui ont le pouvoir d’enlever une certification ou un titre de certificateur.

Un exemple concret ?

Le matériel d’art a été défini en 4 catégories :

  • certification Blanc : peut utiliser un certain matériel (feutres, crayons de couleur, craies, scotch, ciseaux, papier de brouillon) seul
  • certification Jaune : peut utiliser le matériel blanc seul + un autre niveau de matériel (colle, peinture à doigts, gouache, argile sans outil tranchant, pastels gras…) avec un certifié de niveau Vert
  • certification Orange : peut utiliser le matériel blanc et jaune seul + matériel spécifique avec un Vert (argile avec tous les outils, bandes plâtrées, encres, papiers spéciaux…)
  • certification Vert : peut tout utiliser seul

Ca vous paraît super strict ?

1- ça vous montre qu’on n’est pas vraiment pas une école « libre » où les enfants font n’importe quoi (redite) 😉 ! Aujourd’hui, on a vraiment tendance à confondre liberté et permissivité…

2- ça permet de responsabiliser chacun et de lui permettre de progresser tout en étant respectueux du matériel et des autres.

Parce qu’avec ces différents niveaux de certification viennent des règles d’usage général, pour tous :

  • être capable de prendre soin du matériel (reboucher les feutres, ne pas casser les craies grasses, ne pas vider les tubes de colle…)
  • être capable de faire attention à soi, aux autres et aux créations en cours (avec les ciseaux, les outils, l’eau renversée…)
  • être capable de nettoyer derrière soi (plans de travail, pinceaux, outils, sur tables et sols)
  • être capable de ranger derrière soi, aux bons endroits (matériel et création)

Tout cela est nécessaire, absolument nécessaire dans une école où chacun est libre de ses activités. Sinon c’est le chaos !!

Tout cela est nécessaire, absolument nécessaire dans une école où les enfants ne sont pas surveillés et cadrés par les adultes, sinon c’est toute notre philosophie qui s’effondre !

Tout cela est nécessaire, absolument nécessaire pour responsabiliser les élèves, dès le plus jeune âge !

Tout cela est nécessaire, absolument nécessaire pour que chacun puisse progresser à son rythme, et pas en fonction « de son âge » !

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***

Bon, et concrètement, maintenant, comment ça se passe dans la vie de tous les jours de l’école ?

Concrètement (histoire d’aller au-delà de la théorie), ça n’a rien de simple au début ! On patauge un peu, voire beaucoup… Comment créé-t-on les certificats, dans quels cas retire-t-on une certification, quel processus lorsque l’on perd sa certification et qu’on souhaite la repasser, etc… ?

Une autre idée importante ici : c’est seulement, SEULEMENT quand le besoin s’en fait sentir qu’une règle ou un système de certification est créé : parce que c’est le chaos, parce que c’est le bazar, parce que certaines choses ne sont pas respectées (oui, je dois vous l’avouer : nous n’avons pas des élèves maniaques du ménage et du rangement… le rêve s’effondre… ;)).

Parce que rien ne nous autorise à intervenir de façon arbitraire tant que les règles ne sont pas proposées, discutées puis votées tous ensemble… et que, du coup, ces règles viennent uniquement quand il y en a besoin.

Quand on y réfléchit sérieusement, c’est quelque chose de vraiment fantastique : rien n’arrive sans qu’un besoin précis ne le nécessite !

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5 réflexions sur “Les « certifications » pour affaiblir un peu + la notion d’âge

  1. Dans le même ordre d’idées, j’ai collaboré pendant les années 90 avec Michel Authier à l’utilisation des « Arbres de connaissance » ou « arbres de compétences » dans les communautés éducatives. Il s’agissait d’une cartographie où chaque membre d’une communauté inscrivait les compétences (je sais faire) ou connaissances (je sais) qu’il pensait être utile à sa propre reconnaissance dans la communauté ou utile à la communauté.
    Nous pensions que ces AdC pouvaient contribuer à la transformation de l’école (illusion !), ils ont cependant été utilisés sans quelques classes en pédagogie Freinet.
    Un extrait de l’école de la simplexité :
    http://pagesperso-orange.fr/b.collot/b.collot/Extrait-evaluation-adc.pdf
    Une contribution aux entretiens pédagogiques de Vaulx en Velin :
    http://pagesperso-orange.fr/b.collot/b.collot/arbeduc.pdf

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    1. Pas tout à fait : en PI les ceintures de comportements correspondaient à des droits, des libertés à acquérir (exemple droit de se déplacer). Ce qui se rapproche des certifications, c’étaient les « brevets » en pédagogie institutionnelle comme en pédagogie Freinet. Mais ils correspondaient généralement à des compétences scolaires, très souvent acquises par l’intermédiaire des fichiers autocorrectifs (brevet de la multiplication à un chiffre). C’est avec les Arbres de Connaissances que dans une très petite frange de la PF ces brevets ont pris un autre sens et un autre rôle (voir les deux docs cités plus haut). L’idée a été également reprise par Claire Hebert-Suffrin dans les réseaux d’échanges réciproques de savoirs.
      A noter : les AdC, à l’origine ont été conçus par Michel Authier et Pierre Lévy à la suite d’une mission qui avait été confiée à Michel Serre pour l’université à distance. Leur réflexion les a conduits à aller beaucoup plus loin que le thème qui avait été proposé par Edith Cresson, alors premier ministre. L’outil informatique conçu par Michel Authier (mathématicien et philosophe) permettant de cartographier les richesses d’une communauté en créant des interactions s’appelait Gingo. Pour des raisons commerciales, cet outil développé par la société TriVium que MA avait créé pour se faire a abandonné Gingo au profit d’un autre outil SeeK beaucoup plus lourd qui n’est plus utilisé à ma connaissance que dans les très grosses entreprises.
      Un groupe d’enseignants a créé depuis une dizaine d’années un autre outil fondé sur la même idée (arbustes.net) qui évolue sans cesse depuis.

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