Immersion d’1 journée à l’Ecole Dynamique

Aujourd’hui, un article écrit par Marie-Laure et Catherine, 2 porteuses de projet d’école démocratique de type Ecole Dynamique sur Grenoble. Marie-Laure et Catherine sont venues passer 1 journée à l’école la semaine dernière. Voici leur témoignage !

 

« Retour sur une courte immersion à l’Ecole Dynamique

Premières impressions: le décor

En arrivant lundi après-midi, j’ai eu l’impression d’arriver chez quelqu’un, où chacun était occupé à ses activités. C’est très surprenant quand on arrive dans ce lieu où tout est un joyeux mélange, les évènements s’imbriquent les uns dans les autres, en apparence rien n’est programmé et tout se met en place. Aurélien et Marjorie étaient dans l’espace commun cuisine-salon, assez disponibles pour nous recevoir et répondre à nos quelques questions et nous présentant les différents espaces de leur école. Ce premier local est assez petit finalement : un espace retapé de 100m2 (pour une 20aine de personnes ce jour là) et il y a peu de cloisons, ce qui laisse place à un peu trop de brouhaha.

Il y a quand même une pièce fermée où se font les réunions, conseils, une pièce calme. Il y a plusieurs espaces d’ailleurs. Le club info s’est structuré et ils ont acheté une PlayStation et un écran (grâce aux cotisations des membres du club), et instauré des règles pour jouer (en ce moment c’est certification obligatoire – cf l’article ici– , inscription chaque jour et 30min de jeux par créneau). Il y a aussi des jeux à disposition pour les plus petits (dinette, Clipo, voitures avec tapis de route), des matelas pour s’allonger sous forme de banquette, un espace cabane, des tables de différentes hauteurs, un espace avec des étagères où l’on peut trouver du matériel artistique, plusieurs bibliothèques avec des livres pour tous les âges. Plutôt du matos de recup’ tout ça d’ailleurs. Un coin avec plein de jeux de société à coté de canapés, une kitchenette, une grande table qui sert à poser les ordinateurs ou son assiette. Voila en gros pour le décor. Il y a une petite cour mais qui n’est pas trop utilisée (pas très grande, avec un bac à sable je crois) et certains jouent au ballon juste devant l’école sur le trottoir (ce qui peux effrayer parfois avec la route de l’autre coté des barrières). Il y a un square pas loin et un terrain de foot et basket aussi (à 5 min m’a-t-on dit, après la boulangerie!). Bref, pas mal de ressources disponibles en permanence.

Ca commence à faire petit pour 20 étudiants, surtout qu’il y a beaucoup d’ados. Heureusement, ils ont trouvé des locaux + grands : emménagement début 2016 normalement. 300m2 qui leur permettront d’atteindre leur vitesse de croisière avec 60 étudiants, mais surtout une possibilité de structurer l’espace avec plus de pièces et donc plus de tranquillité.

Les journées

Les journées commencent vers 9h30 pour les matinaux, avec une arrivée autorisée jusqu’à 10h45. J’en ai vu certains dépasser, ceci dit… Chacun se note en arrivant et note également chaque sortie. La fin de la journée est en fonction de ce que chacun souhaite puisque seule une présence de 5h est demandée. Lundi tout le monde était parti à 17h30 (fin de l’accueil) mais un papa est resté faire des aménagement jusqu’à bien plus tard avec certains de l’équipe.

Il a été très agréable de constater que chacun trouve sa place et son espace pour se réaliser (malgré le manque de place). Ce qui m’a frappé au-delà du fait que chacun semblait être chez soi et ce qui est agréable dans un lieu de vie, c’est l’investissement de chaque élève dans la vie de l’école et surtout dans la résolution de conflits. Une ambiance particulière car les enfants sont plus grands que ce qu’on a l’habitude dans notre asso de maternage (moyenne d’âge plutôt 11 ans je pense, avec plusieurs ados).

Un temps certain est passé à résoudre les problèmes. Ca peut aller de la simple altercation : L., 4 ans, ne voulait pas quelque chose et a «insulté » T., 3 ans. F., 5 ans, fait l’intermédiaire et demande à L. de s’excuser. L. ne veut pas… Plus tard M., 10 ans, demande ce qui s’est passé et essaie de résoudre le problème. Ca ne marche pas trop… Ca finit par un dépôt de plainte et l’histoire sera discutée au prochain Conseil de Justice.

Ou ça peut aller un peu plus loin : dispute d’ado concernant l’utilisation de la cotisation des membres d’un club. Incompréhension, susceptibilité… Des mots un peu durs échangés, ça monte… D’autres ados essayent d’expliquer la situation… Parfois certains titillent un peu d’autres qui peuvent prendre mouche plus facilement… Un facilitateur peut essayer de rappeler à l’un ou l’autre que la situation semble proche de dégénérer, qu’il vaudrait peut-être mieux arrêter là pour l’instant la discussion… Ca peut se terminer en dépôt de plainte ou en résolution par des explications

Voilà ce qui m’a frappé : beaucoup de temps de dialogue, de discussion.

A coté de cela, des enfants plus jeunes qui jouent à la cabane, ou au spectacle, ou se font à manger quand ils ont faim. D’autres sur l’ordi, ou sur la PlayStation, ou la tablette. D’autres au foot. D’autres en train de refaire le monde sur un canapé. Un ado et une petite en train de se reposer ensemble sur le canapé, de chahuter, de s’occuper l’un de l’autre. Tout ça s’interchangeant d’interlocuteur au fil de la journée.

J’avais peur de voir les enfants toute la journée sur l’ordi. J’ai effectivement vu pas mal d’écrans, mais pas de façon obsédante. Pas de crise pour s’arrêter : ils se gèrent et passent à autre chose à un moment. Pour la PlayStation du club info d’ailleurs, le règlement instauré collectivement est qu’au bout de 30min ça tourne… ça passe vite 30min quand on joue ! Pour le reste, les ordi et tablettes sont perso (et prêtés sur demande).

Les réunions

Il y a aussi pas mal de temps de réunion. Le conseil de justice à 11h tous les jours. Le conseil d’école les jeudi. Les réunions projets. En l’occurrence, on a pu assister à une réunion (plutôt avec les facilitateurs) sur la communication extérieure. On a pu constater à quel point la communication entre les membres de l’équipe est sereine, que la parole de tous est entendue, ils ont tous leur rôle par rapport à leur spécificité.

Puis j’ai assisté à la réunion où un groupe devait partir en woofing en Normandie pour 4 jours, une réunion placée sous le signe de la détente, des enfants de 8 à 15 ans environ, un distributeur de parole, une écoute de tous, un membre de l’équipe qui donne des directions à la réunion seulement parce qu’il a plus d’info puisque c’est lui qui a proposé l’activité, tout se passe pour que chacun se sente bien.

Ce qu’ils en disent

A un moment dans l’aprèm, alors que mon petit Edel ne me laissait pas écouter la réunion en cours, je me suis retrouvée à coté d’un ado qui scotchait une tablette. J’ai eu envie de l’écouter un peu (et qu’il lâche sa tablette en vrai, hein !). Je lui ai demandé si il aimait bien son école. Ce qu’il aimait et ce qu’il aimait moins. Ca lui convenait pas mal. Il avait l’air très content. La seule adaptation qu’il a du avoir au début était par rapport aux dépôts de plaintes qui était un fonctionnement vraiment nouveau pour lui. Et puis il m’a dit que ce qu’il aime bien c’est pouvoir gérer sa journée et faire ses projets. Interpellée j’ai voulu en savoir plus sur les projets de ce pré-ado qui passait beaucoup de temps selon moi en train de jouait à sa tablette… Et là il a commencé à me parler de ses 3 chaînes youtube (visionnées par 5000 personnes !), de sa dernière vidéo Lego en stop motion (il faudrait qu’il m’envoie ses liens !!), de ses créations de jingles de présentation disponibles à chacun sur internet, de ses décors qui ressemblent presque à des jeux vidéos dont une version accélérée en 3min présente la conception qui a duré 8h (on veut le lien !!) ! De quoi faire gagner pas mal d’argent si c’était commercialisé (moi qui pensais au fait que l’école manquait d’argent !!). Bref, à 11ans il maitrisait, celui là ! C’est moi qui me suis sentie un peu mal d’avoir jugé un peu trop rapidement un jeune être en plein apprentissageDu lâcher prise sur nos peurs

Ce que je retiendrais

Il a été enrichissant de participer à cette immersion, même si nous aurions aimé assister à un conseil de justice, car ce sujet nous posait pas mal de questions, mais que ce jour-là, il était donné à huit clos sur demande d’un élève.

Je retiendrais que la gestion de l’école démocratique marche d’autant mieux qu’il y a une grande variété d’âges et surtout la présence d’adolescents. Tous très à l’aise avec nous, signe d’une maturité alors que ça ne fait que 3 mois qu’ils sont à l’école, au mieux. Je me demande du coup : est-ce que ces enfants ont déjà des dispositions particulières pour cet environnement ou bien tous les enfants réagiraient ainsi dans une telle école ?

Il semble important d’avoir des pièces à espace dédié afin de limiter le bruit, et que les règles de fonctionnement se mettent en place collectivement au fur et à mesure, mais qu’il y en aura beaucoup, à terme, pour tout réguler et gérer la liberté et le respect de chacun.

C’est vrai que j’ai eu un peu de mal aussi au début avec les écrans et jeux vidéo, mais j’ai réalisé qu’il faillait prendre du recul et ne pas réagir en tant que maman seulement et maman dans son foyer avec ses peurs, que le fonctionnement tel qu’on l’a vu a été mis en place par le groupe qui était là devant nous et qu’il se régule très bien.

De voir cette école en place ça m’a fait bien envie. Envie pour moi, comme projet pour enfin changer ce que l’on propose aux enfants… Envie pour mes enfants pour qu’enfin ils aient le choix et n’aient pas à devoir se conformer au système existant à tout prix car c’est le seul.

Nous voila parties pour la réalisation de notre école démocratique, un lieu où chacun pourra vivre sa vie selon ses envies. Celui-ci se situera proche de Grenoble, dans le pays voironnais. Une petite équipe s’est déjà réunie une fois et nous sommes bien motivés pour ouvrir en septembre 2016 ! Si l’aventure vous tente, contactez nous : catherine.silvestre@gmail.com.

Marie-Laure Coumes-Ganchet et Catherine Silvestre Tello

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4 réflexions sur “Immersion d’1 journée à l’Ecole Dynamique

  1. Bonjour, Je suis très intéressée par votre école qui me semble vraiment intéressante dans son principe. Cependant il me semble à la lecture de vos deux derniers mails que vous manquez d’un outil vraiment respectueux des enfants en ce qui concerne la gestion des conflits. Et pour moi, la gestion positive des confits est le cœur même d’une éducation humaine réussie, qu’il s’agissent des conflits adultes enfants ou des conflits entre enfants. C’est pourquoi je me demande si vous connaissez les livres de Thomas Gordon : « Parents efficaces » ; « Parents efficaces au quotidien » (écrit des années plus tard, avec les témoignages des parents et donc des améliorations) ; « enseignants efficaces ». Cela fait plus de 30 ans que j’interviens auprès des enfants dans l’esprit de Thomas Gordon et, bien que j’ai souvent eu à intervenir dans des conflits parfois extrêmement violents entre enfants ou à affronter des agression de jeunes et parfois d’adultes en difficulté, non seulement je n’ai jamais été déçue du résultat mais de plus j’ai presque toujours été stupéfaite de la façon dont les conflits qui me semblaient les plus inextricables se sont dénoués. Mais pour cela il est nécessaire que les adultes respectent la règle essentielle qui consiste à ne porter aucun jugement de quelqu’ordre que ce soit ce qui implque

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  2. Rebonjour, Et désolée, mais une erreur de manipulation a fait partir mon message avant que je l’ai terminé… Je fais donc un copié/collé du début en italique et je le termine. Merci de votre compréhension *Je suis très intéressée par votre école qui me semble vraiment intéressante dans son principe.* *Cependant il me semble à la lecture de vos deux derniers mails que vous manquez d’un outil vraiment respectueux des enfants en ce qui concerne la gestion des conflits. Et pour moi, la gestion positive des confits est le cœur même d’une éducation humaine réussie, qu’il s’agissent des conflits adultes enfants ou des conflits entre enfants.* *C’est pourquoi je me demande si vous connaissez les livres de Thomas Gordon : « Parents efficaces » ; « Parents efficaces au quotidien » (écrit des années plus tard, avec les témoignages des parents et donc des améliorations) ; « enseignants efficaces ».* *Cela fait plus de 30 ans que j’interviens auprès des enfants dans l’esprit de Thomas Gordon et, bien que j’ai souvent eu à intervenir dans des conflits parfois extrêmement violents entre enfants ou à affronter des agression de jeunes et parfois d’adultes en difficulté, non seulement je n’ai jamais été déçue du résultat mais de plus j’ai presque toujours été stupéfaite de la façon dont les conflits qui me semblaient les plus inextricables se sont dénoués. * *Mais pour cela il est nécessaire que les adultes respectent la règle essentielle qui consiste à ne porter aucun jugement de quelqu’ordre que ce soit ce qui* implique que l’on soit convaincu que toute personne grande ou petite a de bonnes raisons – de son point de vue – d’agir comme elle le fait et que même si on ne le comprend pas, ce point de vue différent est respectable et doit être entendu sans a priori. J’aime bien l’idée de « point de vue » car l’on ne perçoit pas la même chose si l’on surplombe une forêt que si l’on se trouve à l’intérieur, par exemple et souvent on est stupéfait de comprendre que le point de vue de l’autre, pour aussi incompréhensible qu’il nous paraissait, est au moins aussi pertinent que le nôtre et que donc il est bon de l’entendre sans déterminer à l’avance qui a tort ou raison. De plus, entre en jeu les mal exprimés et les mal entendus et la résolution positive des conflits est une occasion pour chacun/e de mieux reformuler et de mieux être entendu. Ce n’est ni un truc ni une recette, c’est une pratique aussi vieille que la vie en collectivité que les Africains et les Amérindiens, par exemple, manient à merveille car chez eux la première nécessité c’est de ne pas blesser les amours-propres, ni froisser les dignités.

    Je vous remercie pour l’attention que vous aurez bien voulu accorder à cette lettre En vous souhaitant le meilleur, Danielle Faure-Touré

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    1. Bonjour Danielle
      j’aurais aimé connaître ce qui, « dans mes 2 derniers mails », vous a donné l’impression qu’il nous « manquait {un} outil vraiment respectueux des enfants » ?
      Notre Conseil de Justice est justement là pour prévenir les jugements et laisser à chacun la place de s’exprimer, avec une écoute bienveillante. J’ai lu, en tant que maman, les livres de Gordon que j’ai beaucoup apprécié, mais je ne suis pas persuadée qu’il n’y ait qu’une méthode unique pour gérer les conflits. Nous utilisons aussi la médiation quand c’est nécessaire et prenons chaque cas au sérieux, même lorsqu’il s’agit de conflits entre 2 enfants de 4 et 6 ans qui se battent pour être la Reine des Neiges oui savoir qui est la plus belle 🙂
      Nous prenons aussi beaucoup de temps en commun après-coup pour réfléchir à nos actions (adultes et élèves).

      Mes articles montrent la vie quotidienne de l’école par une petite fenêtre, mais ils sont encore loin de refléter la richesse du quotidien et des interactions 😉
      Marie

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  3. Pour commenter sur CET article :
    Je me disais qu’il serait sympa de mette en réseau ces écoles démocratiques qui commencent à naitre à tous les coins de France, pour avoir des correspondants, faire des échanges, des projets communs, etc

    En ce qui concerne la discussion qui a commencé (et qui aurait plus sa place sous un autre article il me semble) :
    J’ai été étonné qu’une punition « globale » pour toute l’école ait été prononcée. Ce n’est jamais apprécié, et d’ailleurs la révolte de cet adolescent le prouve, ca semble a l’origine de toute l’affaire. Et on sait qu’en soi une punition si elle n’est pas comprise et acceptée est souvent inefficace. Cela dit, on ne sait pas ce qui c’est passé. Et puis, vous avez trois mois d’existence, et si vous faites mieux que l’EN vous ne pouvez pas être parfaits, en tout cas pas tout de suite. ;o)
    Les outils de communication bienveillante ou de CNV, mais aussi de négociation, sont toujours utiles et on peut TOUJOURS progresser sur ce point. Garder sa révolte et son enthousiasme mais devenir plus efficace pour l’exprimer et pour écouter. La réaction de cet ado lors de son conseil de Justice semble indiquer que vous les utilisez, et c’est tout ce qui compte. Il me semble que c’est plus dans la communication avec les autres adultes qu’il y a peut-etre un peu de boulot pour résister à la tentation de rétorquer quand on se sent agressé (cf mon commentaire sous l’article suivant).
    La communication bienveillante n’est pas un but, c’est un chemin, semé d’ornières. Bon courage !

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