« Vous êtes élitistes ! »

La continuité de mon message-coup-de-gueule de la semaine dernière, mais sans coup de gueule 😉

J’ai réalisé en effet que je n’aurais pas du pousser de coup de gueule, car les choses sont toujours moins bien entendues lorsqu’elles sont dites dans la réactivité et l’accusation, sur le ton de l’énervement…

Dans l’équipe de l’Ecole Dynamique, tout le monde n’a pas non plus partagé mon « coup de gueule ». Je tenais à le préciser car, même si c’est moi, en tant qu’individu, qui pense et ressens derrière les mots, je suis censée parler dans ce blog au nom de l’école… Devant les réactions des uns et des autres j’ai donc pris le temps de réfléchir au « pourquoi est-ce que ça m’énerve à ce point ? » et reviens donc à mon ton + posé, et du coup aussi + argumenté 😉

 

Il y a un autre point dont je n’ai pas parlé et qui m’énerve encore +, mais cette fois, sans m’énerver, promis 😉

C’est le « Vous êtes une école élitiste ! »

La plupart du temps, quand ça tombe, ça arrive assez rapidement, avant même qu’on ait eu le temps de développer notre philosophie. La simple mention de frais de scolarité payants, peu importe la pédagogie qui se cache derrière, provoque le jugement d’élitisme. Parce que nos frais de scolarité sont payants, vraiment ?

L’élitisme (merci wikipédia), c’est « une attitude qui consiste à favoriser l’accession des personnes jugées comme étant les meilleures et qui tend à dévaloriser le reste de la population. »

Donc une école élitiste, c’est une école qui recrute sur dossier (de notes ou de revenus fiscaux) ou encore une école qui, sous couvert de prendre tout le monde, ne permet qu’aux « meilleurs » (selon ses propres critères) de réussir (là encore, selon ses propres critères de réussite !) …

Bref : si on sort de l’a-priori très réducteur de « frais de scolarité payants = élitisme », alors clairement non, nous ne sommes pas une école élitiste ! Et pour tous ceux qui prennent le temps de creuser la philosophie et non de rester en mode critique-agressif, le non-élistisme de notre modèle est évident : nous laissons à chaque enfant la place et le temps d’être ce qu’il est, de décider de ses apprentissages et d’y rester le temps qu’il veut. La place et la chance pour tous d’être eux-mêmes. Un système qui est tout sauf hiérarchique, tout sauf dévalorisant, tout sauf compétitif… bref tout sauf de l’élitisme…

Si je rajoute à cela un encadrement qui s’est donné corps et âme bénévolement, pendant des mois, à son ouverture, qui choisit de ne pas être payé pendant les premiers mois d’ouverture pour que l’école ait une chance de survivre et qui décide enfin d’être payé un grand minimum pour que les frais de scolarité restent le + bas possible (et donc permettre au + grand nombre de venir à l’école)… alors clairement, qui peut encore venir parler d’élitisme ?

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J’ai compris pourquoi ça m’énervait autant : parce que ça me blesse. Parce que derrière « l’école », il y a des gens, des êtres humains (avec leurs failles, leurs faiblesses, leurs forces, etc).

Tout ce travail, toutes ces heures données sans compter, toute notre énergie orientée pour la naissance d’un projet capable de réellement changer les choses, même à toute petite échelle (et à quelle échelle pouvons-nous agir concrètement au quotidien, à part à notre micro-échelle ?), pour s’entendre dire, avant même de pouvoir parler « ah ouais, encore une école élitiste ! »… Quand on fait tout, de façon bénévole, pour que ça marche, et pour que le plus grand nombre puisse y adhérer, alors oui, c’est blessant d’entendre des jugements à l’emporte-pièce.

Je voudrais que les gens qui font l’amalgame apprennent à écouter. Qu’ils cherchent à comprendre avant de juger. Qu’ils sortent des préjugés si faciles.

Et en fait, la meilleure chose à faire pour cela serait de leur faire faire un stage dans notre école : qu’ils voient les membres de notre école, de 3 à 38 ans, débattre, échanger, s’écouter sans se couper la parole. Des filles, des garçons, des femmes et des hommes si différents et pourtant capables d’écoute, de respect et d’empathie !

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11 réflexions sur “« Vous êtes élitistes ! »

  1. Tout à fait d’accord, en cette période de #PASDAMALGAME, il serait bon que les gens arrêtent de confondre école payante et école élitiste.
    Louis le grand et Henri IV sont des établissements élitistes gratuits ( plutot payés par nos impôts) et l’école dynamique est une école pour toutes et tous, payante ( payée 2 fois par les contribuables qui y inscrivent leurs enfants) !!!!!
    C’est le cas de beaucoup d’écoles hors contrat que la politique nationale en matière d’éducation force à facturer les frais de scolarité. À quand un chèque Education universel ?

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  2. Je comprends ton agacement Marie, mais pour cet article comme pour le précédent, je me permets humblement de penser que la méthode n’est pas la bonne. Moi-meme qui suis convaincue ca me met mal a l’aise alors…
    Je m’explique : quand je vais acheter mon pain, ce qui m’intéresse c’est mon pain et le contenu de mon porte-monnaie. Point. Je ne sais pas, je ne saurai jamais, ce qu’il faut comme matériel, ingrédient, connaissances et énergie pour faire ce pain. Et je m’en fous. Peut-etre que je me trompe, mais je pense que tes interlocuteurs sont pareils et que tu es en train d’essayer de les entrainer de force dans la boulangerie. Si tu veux les y attirer, va falloir mettre du miel. Ou jouer du pipeau comme le flûtiste d’Hamelin.

    Ca ne veut pas dire que tu ne peux pas les convaincre mais il faut commencer par les comprendre. Ou faire semblant, au moins.
    Donc « Vous avez raison, si on ne regarde QUE le fait qu’il faut cracher 400 euros au bassinet tous les mois, OUI, nous sommes élitistes. Ce sujet réglé, voulez-vous écouter notre philosophie et la présentation de notre école ? »
    Si non, tu auras économisé ta salive et tu peux te consacrer à la personne suivante. Si oui, tu as enfin un interlocuteur attentif et content parce que tu l’as écouté et approuvé (provisoirement).

    Et à la fin de ton exposé, tu cites avec enthousiasme le monsieur qui va regretter de l’avoir ouverte : « Comme l’a très justement fait remarquer monsieur, nous sommes obligés de faire payer la scolarité, ce qui écarte des personnes qui n’ont pas les moyens et c’est regrettable. Même nous, ca nous déchire le coeur.
    Nous louons un local de 100m2 en plein Paris, le chauffons, payons l’eau, l’électricité, le mobilier, le matériel pédagogique, nous sommes une équipes de sept personnes qui travaillons à plein temps pour ces enfants. Ca c’est pour les dépenses, colonne de gauche.
    Pour les recettes, colonne de droite, comme nous n’avons pas de subventions, il y a… les frais d’inscriptions, et les dons (ou le mécénat).
    Donc si on veut réduire les frais d’inscription, il faut augmenter les dons.
    Voila, voila.
    Vous pouvez rédiger vos chèque à l’ordre de « Ecole dynamique de Paris », et mon collègue ici présent se fera un plaisir de recevoir les volontaires mécènes ou les leveurs de fonds. Monsieur, vous avez un local à nous proposer gratuitement, vous travaillez à EDF et pourriez demander une réduction de notre facture, vous avez des livres à donner, une fondation qui cherche quoi faire de son argent ? Non ? Bah un chèque personnel c’est très bien aussi, on prend tout. »
    ;o)
    Qu’en penses-tu ?

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    1. Bonjour Eléonore,
      Je suis ce que tu dis, mais je suis un peu gênée quand tu dis « faire semblant de les comprendre, au moins ». Lorsqu’on s’évertue à mettre de la démocratie et de l’empathie dans une école, dans les relations entre tous les individus, il me semble difficile de jouer à l’acrobate et de perdre toute sincérité (« faire semblant ») et tout ce dont à quoi on croit, lorsqu’on parle à d’autres interlocuteurs. Mais faire la part des choses, le projet, les efforts mis dedans, le bénévolat, l’absence de subvention, et les remarques ou critiques sur la non-gratuité pour le parent, c’est peut-être une bonne piste de discussion…lorsque le temps de la discussion est là. Je ne pense pas qu’il s’agit de jouer du pipeau, je pense qu’il s’agit d’être transparent sur ce les besoins nécessaires (dons, local, électricité, soutien moral, autre)…

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  3. Bonjour, et merci pour vos actions et le témoignage de vos « crispations » . Je vous parle en connaissance de cause car nous venons d’ouvrir une école alternative et citoyenne au Sud de Bordeaux et l’aspect financier ne nous est pas étranger, ni les critiques que nous avons dues essuyer qui sont du même ordre que celles dont vous parlez..
    nous avons choisi un mode financement qui s’il est original est peut être en train de marquer ses limites. Nous avons décidé de ne demander aux parents que 40 euros par mois comme participation au fonctionnement de l’école ( qui sont de 5 000 euros par mois). Pour le reste nous faisons appel à l’énergie imaginative de chacun et à la générosité de tous .
    Pour cela nous devons « vendre  » un projet sociétal dans lequel s’inscrit l’école . Nous nous positionnons clairement dans le mouvement des Transitions . quelques exemples de ce que nous faisons : Nous organisons un « petit marché » chaque parent ou ami qui achète ses légumes bio, son vin bio produit localement , de la bière, de la papeterie…etc chez des fournisseurs avec qui nous avons passé un accord. ce même fournisseur nous fait une ristourne sous forme d’un don ( défiscalisable pour lui ). Nous utilisons aussi la monnaie locale qui nous permet d’être soutenu par elle, nous organisons des concerts , des manifestations et allons mettre en place le système des micros dons !Enfin nous avons une démarche tres active pour aller chercher des dons ( 1000 donateurs à 5 euros par mois pendant 1 an!) .
    Tout cela fait aussi parti d’un choix que nous avons fait pour faire la preuve que tout ne dépend pas de l’argent et que la richesse se trouve ailleurs.( intelligence, dons, récupérations, bénévolat ,mise à disposition , etc ..) et que l’école peut et doit de participer à cette ouverture.
    Tout cela ne peut se faire qu’avec l’implication total des parents qui doivent sortir de leur rôle de « consommateurs » et se bouger avec nous .
    C’est vrai qu’il faut aussi que chacun « ose » prendre certain risque , c’est le cas de notre enseignante et de son assistante .
    Nous nous rendons compte que c’est un travail énorme et tres chronophage , pour l’instant nous tenons le coup et avons une visibilité jusqu’à la fin de l’année scolaire, après nous verrons !

    Voilà ce que j’avais envie de vous témoigner . en tout cas merci aussi pour ce que vous faites, nous vous suivons depuis le début et vous avez été une de nos source d’inspiration.

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  4. Bonjour Evita,

    Je suis d’accord avec vous et trouve la remarque d’Eleonore très judicieuse.

    Cela me fait penser à nos besoin de base mis en avant par Maslow (besoin physiologique, de sécurité et de protection, de socialisation et de liens, d’estime et besoin de s’ accomplir).

    Maslow m’était en avant que si les besoins de base ne sont pas comblé, rempli, cela va être dur, voir impossible de remplir et nourrir les autres besoins.

    De ce que je discerne l’école dynamique à des fondation (besoin de base) encore fragile : environnement instable car le local coûte cher, rémunération des enseignants problématique ce qui peut causer un stress et comme tu disais : dons, électricité, soutien moral, autre…

    Et donc cela peut créer une instabilité.
    Quand on à faim et qu’on ne nous donne pas de nourriture, on en a rien à faire d’ou on va dormir le soir ou avec qui on va discuter, faut déjà remplir son ventre et point barre.

    Cela me fait penser à une grand mère qui est venu me voir cette semaine à la piscine, sa petite fille avait bu la tasse deux jour avant et elle avait eu très peur. Cette dame était très énervé de cette incident et était inquiète pour sa petite fille.
    Elle en avait parlé à deux de mes collègues, mais avait eu l’impression de ne pas être écouté. (d’où son énervement)
    Mes deux collègues, lui avait dit de ne pas avoir peur, que tout se passerait bien.
    Pour ma part, quand je l’ai vu, je lui ai dit qu’elle avait eu raison d’avoir peur et qu’elle faisait bien fait de venir me voir, je l’ai écouté et ai fini en lui disant que je serait vigilant lors de la prochainement séance et que j’irai voir sa petite fille pour parler de ce qui lui ai arrivé.
    La grand mère est partie rassuré avec un gros sourire.

    Qu’est-ce que j’ai fait : J’ai repérer qu’elle était son besoin de base, j’ai identifier une peur, une crainte, j’ai respecter cette peur, en aucun cas je ne l’ai nier.
    On pourrait dire que j’ai été dans son sens, mais je n’aime pas cette formulation, j’ai plutôt respecter cette dame, la ou elle en était. (avec ses peurs et craintes) et puis je lui ai proposé une solution.

    Dans mon cas Evita, j’avais une solution, j’entend que dans ton cas tu n’as pas de solutions.
    Ce que je peux te proposé, c’est de le nommer à cette dame le fait que tu n’ai pas de solution : sinon notre école ferme. Tu arrêtes la et attend de voir la réponse de cette dame «Parfois, le silence est la meilleure réponse».
    Ou alors tu lui demande si elle serait d’accord pour essayer de trouver avec toi des pistes, des solutions pour que son enfant soi scolarisé. Nous somme les expert de nos difficultés, défois il nous faut juste un petit déclic pour trouver les solutions.

    Je vous ai proposé mon aide dans un message précédent, je n’ai pas eu de réponse, je vous la propose à nouveau.
    Pour les enseignants qui en font la demande je pourrai très bien vous proposez une relaxation.

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  5. Bonsoir,
    Je découvre par hasard votre projet et votre école … je n’ai qu’un mot à dire : bravo ! Je voulais juste vous dire que ce que vous tentez est beau et grand. Même si le projet doit un jour s’arrêter, ce que je ne vous souhaite pas bien entendu, dites-vous que les enfants (et les adultes) s’en souviendront toujours même si cela n’aura duré qu’un temps, cela fera d’eux des personnes qui auront vécu quelquechose d’incomparable, et restera toujours gravé, les rendant avec force à leur futur à chacun.
    Très bonne continuation… et une dernière idée je suis certaines que les jeunes et mêmes les très jeunes auront de très bonnes ides innovantes pour la suite, même des idées d’aide matérielle/financière du projet!

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  6. Bonsoir,
    Je lis avec attention votre blog et le site de votre école.
    Je suis très enthousiaste et intéressée par votre école. Je suis depuis peu maman et je réfléchis déjà à la scolarisation de mon fils que je souhaite en accord avec mes valeurs.
    Je vois tout à fait les efforts et l’investissement qui est fait par chacun dans ce projet et effectivement on comprend votre souci sincère de la rendre accessible. Peut-etre que cette situation (devoir faire payer la scolarité) est source de frustration pour votre équipe?

    Malheureusement, la somme demandée aux parents n’est pas compatible avec mon budget, (ni même avec celui du salaire moyen en France) en tout cas pas dans l’état actuel des choses: avec mon salaire de travailleur social et une vie à Paris.
    Je suis forcément déçu de ne pas pouvoir me dire, c’est sur, quand mon fils aura trois ans je pourrai l’inscrire dans cette école!

    En attendant je cherche des solutions: non-scolarisation, gagner plus d’argent ou crée mon propre projet d’école avec un financement différent (que je n’ai pas encore trouvé!). Enfin je cherche et je finirai bien par trouver!
    Comment font les parents de votre école? Il peut y avoir des exemples pour imaginer des solutions financières.

    Merci pour votre travail si inspirant pour tous ceux qui veulent expérimenter des voies éducatives différentes.

    Célia

    PS: Puisque vous le proposez, j’adorerai faire un stage de quelques jours chez vous pour comprendre votre fonctionnement! Vous prenez des stagiaires?

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  7. Il faut vraiment comprendre que les ‘autres’ à l’extérieur ne sont pas avec vous ‘dedans’ et sont donc en manque/recherche d’informations. Lorsqu’on utilise un mot on peut l’utiliser avec un sens déterminé, ici le coté financier. Il faut alors expliquer le ‘prix’ du ‘service’. Dans le cas actuel il faudrait ajouter sur votre site un tableau des dépenses et des recettes. Très simple. D’autant plus ‘normal’ que l’école académique est ‘gratuite’ (invisible par les impôts). Le citoyen ‘lambda’ n’est donc pas habitué et n’a pas de référence comparative pour bien ‘peser’ le prix.
    Pour rebondir sur le commentaire de la boulangerie que l’on pourrait prolonger sur un smartphone, une voiture ou un ordinateur, on peut/doit (?) justement connaître le fonctionnement ‘interne’ des choses pour avoir une vision plus juste et équilibrée qui ‘nourrit’ les synapses et le regard.

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