« Les 3 ans »

Un jour ce titre servira à fêter les 3 ans de l’école, je n’en doute pas…

Mais en attendant, il sert aujourd’hui à évoquer le cas des « enfants de 3 ans ».

Dans la réalité des écoles Sudbury à travers le monde, peu ont ouvert leurs portes aux enfants de – de 5 ans. Ou alors, elles l’ont fait mais sont + ou – vite revenues en arrière… Pourquoi ?

Notre expérience de 5 mois d’existence nous a montré que la vie et l’accompagnement d’un membre de 3 ou 4 ans à l’Ecole Dynamique étaient potentiellement différents de ceux d’un membre de 6, 12 ou 16. Ca paraît évident, n’est-ce pas ? Mais la question ici est de comprendre si (et en quoi) cet accompagnement reste dans le cadre de notre philosophie qui est, je le rappelle, de laisser l’enfant libre de faire sa vie et de ne pas interférer, en positif ou en négatif. Bien d’autres écoles Sudbury ont décidé que ce n’était pas le cas et qu’elles ne prendraient donc aucun membre de moins de 5 ans.

(pour le lecteur qui arrive en court de route et cherche alors à comprendre le rôle de l’adulte dans un tel cadre, j’invite à lire mes 2 articles « L’art de ne rien faire » et « L’art de ne rien faire #2 ». Non, nous ne sommes pas une « garderie », mais je crois que ça fera l’objet d’un autre article !)

ED 09--19-2

Dans cette réflexion sur l’accompagnement des enfants de 3/4 ans, nous devons prendre en compte un autre fait essentiel : qu’on ne peut pas parler de « l’enfant de 3 ans », mais plutôt « des » enfants de 3 ans. Car ils sont évidemment tous différents, autant dans leur caractère, leur personnalité, que dans leurs évolutions en terme de motricité, de « propreté », de vocabulaire, de capacité à se faire comprendre et… d’autonomie.

Lors de nos réunions préparatoires, nous avions discuté du sujet de l’âge minimum, puis décidé que LE critère fondamental serait que l’enfant se devait d’être, comme condition absolue d’intégration à l’école, PROPRE. Ou, car je sais que certain(e)s ne vont pas manquer de reprendre mon vocabulaire qui fait des raccourcis, un enfant qui a acquis la maîtrise de ses sphincters ^-^

Condition absolue et non négociable.

L’autre condition qui nous est venue dès les 3 ou 4 premiers mois d’expérience, c’est que le bambin de 3 ans se doit également d’être autonome. C’est-à-dire ?

Ne lui demandons pas d’aller acheter le pain tout seul… ni même de participer seul à toutes les tâches ménagères de l’école, à égalité avec les autres membres ! (oui, les enfants de 3 et 4 ans auraient donc des « privilèges » dus à leur âge :))

On le voit bien au quotidien : chez nos plus petits, on a M., 4 ans, qui s’exprime comme si elle en avait 6. Puis A., 3 ans, qui mène sa petite vie dans nos locaux en toute indépendance. Parfois, on la voit arriver l’air hagard, et un petit câlin sur les genoux, pouce dans la bouche, suffit à recharger ses batteries. Elle saute par terre et nous dit « c’est bon, je vais jouer ». Puis nous avons R., petit américain de 3 ans qui ne parlait pas du tout notre langue en arrivant et qui fait des progrès hallucinants semaine après semaine. R. passe sa journée à jouer, observer, grignoter et affirmer ses nouvelles acquisitions, notamment « C’est-à-moi ! ».

ED octobre 2015-24

***

L’art de la séparation…

Et puis il y a ceux qui ont vraiment, vraiment du mal à quitter maman… Nous avons une politique très souple concernant la période d’essai pour les – de 6 ans, puisque le but est de faire l’adaptation la + douce possible : l’enfant peut venir le temps qu’il veut, le parent rester le temps qu’il souhaite, en gardant en tête que l’idée n’est pas d’être là à temps plein avec son enfant mais bien de préparer la séparation et l’autonomie !
Je ne dis pas que la séparation doit se faire sans remous, je ne dis pas non plus (surtout pas !!!!) qu’elle doit se faire dans les larmes (je me souviens avec horreur de ma fille en Moyenne Section que la maîtresse devait arracher de mes bras, doigt après doigt… et de l’ATSEM me disant avec un sourire « on l’appelle notre petit saule-pleureur »… et surtout des larmes qui me montaient aux yeux et que je devais courageusement ravaler…). Mais je pense qu’elle doit se faire dans un entre-deux, à un moment qui ne peut être décidé de l’extérieur, ni par une enseignante ni par un parent mais uniquement par l’enfant, quand il est prêt… (quelques larmes restant acceptables, surtout quand elles ne durent que le temps que maman sorte de l’écran-radar – enfin c’est mon avis :)).

Mais peut-être que finalement, la grande question qui se pose également, et qui va colorer toute cette nouvelle aventure pour pour les enfants de 3 ans (se révélant peut-être donc LA grande vraie question), c’est : « les parents sont-ils prêts ? » 😉

***

Alors quel accompagnement à l’Ecole Dynamique, pour les enfants de 3/4 ans ?

Forcément, ce sera un accompagnement différent…

Forcément, nous sommes plus attentifs, plus vigilants, parfois plus actifs (« tu veux qu’on lise un livre ? », « tu as faim ? Tu veux manger avec moi ? »).

Si nous utilisons peu le Conseil de Justice pour les « + petits », il leur est tout de même utile. Il leur apprend à respecter les autres et le matériel, certes, mais surtout il est là pour leur apprendre à se défendre contre l’ingérence et l’intrusion d’autrui dans leur espace vital. Et croyez-moi, ils apprennent vite à utiliser le système de plainte !

C’est également extraordinaire d’entendre A., 3 ans, rappeler à des ados qu’ils sont en train de transgresser une règle ! Imaginez un peu un petit bout de moins d’1m de haut qui se dresse devant un ado de 15 ans pour lui rappeler qu’il n’a pas le droit de manger à cet endroit, ou de laisser traîner ses couverts ! Ni craintive ni impressionnée, A. a juste le sentiment que chacun ici est jugé selon les mêmes critères de responsabilité et d’importance !

Dans notre société et la plupart des structures « classiques », les enfants les plus petits sont souvent face à une position des adultes aux 2 extrêmes : soit nous les sur-protégeons (et donc les empêchons de développer leurs propres armes en vivant des conflits et en surmontant des obstacles), soit nous les lâchons dans le grand bain sans leur apprendre à nager (le fameux « il faut les endurcir »…), les laissant démunis face à la violence (verbale, physique, psychologique…). A l’Ecole Dynamique nous ne laissons pas les enfants sans défense face au multi-âge, de la même manière que, à l’autre extrême, nous ne les sur-protégeons pas, car c’est le fonctionnement même de l’école, notamment via son Conseil de Justice, qui les responsabilise de la façon la + naturelle et la + profonde qui soit :

Les enfants, dès leur plus jeune âge, y vivent le conflit. Mais ils le vivent dans un cadre extrêmement constructif car il leur permet à la fois d’apprendre à les résoudre par eux-mêmes ET de pratiquer la médiation et le dialogue. 

ED octobre 2015-10

Il y a tellement à dire qu’évidemment je n’ai dit qu’une infime partie de ce qui concerne les 3/4 ans… Notamment en ce qui concerne l’imprégnation (un enfant de 3 ou 4 ans dans un environnement multi-âge va forcément progresser à tous les niveaux à une vitesse impressionnante !).

Alors en attendant la suite, je laisse la parole à Ramin : « l’Ecole Dynamique est un espace où les enfants vivent en général une expérience intensément sociale remplie de conflits, ce qui est source d’une grande partie de leurs apprentissages (…). Ce n’est pas un lieu où les adultes protègent les enfants du conflits et interviennent pro-activement en servant de médiateur lorsqu’ils les voient se produire. Le cœur du concept de l’école est l’indépendance des enfants, et cela passe par les laisser expérimenter la vie avec les autres sans surveillance. Le Conseil de Justice est là pour résoudre les problèmes qui n’ont pas trouvé leur résolution dans l’informel, et son action permet d’établir peu à peu un espace de plus en plus sécure et une culture de plus en plus pro-sociale (qui ne vient pas du jour au lendemain, mais on va y arriver petit à petit). L’objectif ultime est que la grande majorité des enfants et ados se sentent tellement concernés et responsables de leur propre école qu’ils deviennent pro-actifs dans sa protection ».

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7 réflexions sur “« Les 3 ans »

    1. Parce qu’au vu de la philosophie de l’école, nous ne pouvons être disponibles pour les besoins très particuliers des enfants qui ont encore une couche, ou qui sont encore une phase d’apprentissage de la propreté…
      Alors oui, on pourrait accepter en se disant que ça nous ferait des enfants en +, et donc de l’interaction encore + riche (je pense que, côté interaction, les bébés et tout-petits ont toute leur part dans la richesse du multi-âge) mais il nous faudrait une EJE, un lien avec la PMI… je ne suis spécialiste de la question, mais d’autres membres de l’équipe ont regardé ça de près et c’était assez complexe, sans compter le côté financier, la rémunération du personnel spécialisé, etc…

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  1. AU lieu de « propreté », je suggère le terme de Dolto : continence… Ça me semble plus judicieux, car même les nourrissons maitrisent leurs sphincters (ou en tout cas savent reconnaitre leur signaux).
    L’HNI (Hygiène Naturelle Infantile) en est la preuve !
    En réalité, les bébés en sont sales que parce qu’on leur met des couches… 😛

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  2. merci pour votre réponse, je demandais car mon fils de trois ans et demi n’est pas du tout propre et il est tout de même accueillis dans une école alternative. Je me posais donc la question !

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