« Et comment pourraient-ils être préparés pour le monde réel ? »

En voilà une question qui revient souvent, aussi…

Antoine, de la future « Ecole Autonome » sur Bruxelles en a fait un très bon billet il y a peu (par ici).

Et puis lors d’une réunion très récente, nous avons eu encore la question : « C’est très beau cette philosophie, et j’y crois beaucoup, mais… (mais !), comment les enfants pourront-ils s’adapter ensuite à la vie réelle ? »

La vie réelle VS la vie non-réelle. Ben oui, car si l’on parle de « vie réelle », surtout à partir d’un certain âge, ça veut dire qu’avant, la vie n’est pas réelle… Logique implacable, non ?

Nous aurions donc créé une société qui met ses enfants, ces petits êtres en pleine et intense construction, dans un système hors du monde réel ?!

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Imaginons un instant…

Imaginons des enfants laissés de 3 à 18 ans dans une structure qui les garde assis de 8h30 à 17h30, à écouter un savoir déversé sur eux sans qu’ils n’aient rien demandé. Cette structure possède des salles où les enfants sont séparés et répartis par année de naissance. Cette structure possède une cour bétonnée bien protégée de l’extérieur par un grillage voire un mur. Cette structure leur fait passer des contrôles, des examens et des évaluations basés sur des faits, des chiffres, des formules. Cette structure est dirigée par des gens formés à enseigner ces faits, ces chiffres, ces formules et qui sont eux-mêmes dirigés d’en haut par des gens, totalement déconnectés de ce que vivent les premiers gens, parce qu’ils ne mettent jamais un pied dans ces structures.

Alors là oui, on pourrait se poser la question : mais comment cette structure pourrait-elle préparer nos enfants à la « vie réelle » ?

Confierions-nous nos enfants à une structure qui les coupe de l’extérieur, du monde du travail, du vivant…?

C’est pourquoi l’Ecole Dynamique, et les écoles démocratiques « de type Sudbury », ont à coeur de placer l’enfant dès son + jeune âge, au coeur du monde (le monde tout court, ce qu’on appelle parfois « le monde réel »)

Parce que l’enfant est une personne comme les autres. Qu’elle a sa place dans ce monde, qu’elle peut aussi y apporter beaucoup, et surtout qu’elle peut apprendre beaucoup de ceux qui ont déjà trouvé leur place, désormais désireux de partager leurs savoir-faire, leurs compétences, leur passion.

Il y a quelques jours j’ai entendu quelqu’un dire qu’il fallait arrêter de penser l’enfant comme le « citoyen de demain » parce qu’il était un citoyen, aujourd’hui, déjà ! En tout cas il devrait l’être ! Pourquoi ne l’est-il pas ? N’aurait-on pas tant à gagner si nous écoutions un tant soit peu la sagesse de nos enfants, leur innocence, leur vision parfois si juste, si naïve, au beau sens du terme ??

(j’invite la personne qui a dit ça près de moi à se faire connaître, désolée pour le trou de mémoire…)

Bref : nous avons tout à perdre à couper nos enfants du « monde réel ». Surtout dans un système qui tente de les nourrir, jusqu’au gavage de force, avec du savoir « scolaire », avec de la connaissance « sèche », déconnectée de la vraie vie, déconnectée du sens, déconnectée des enjeux du monde ET des enjeux de chacun.

On a déjà tourné ça 100 fois dans tous les sens pour tenter de le comprendre : comment, dans ce paradigme éducatif, apprendre à se connaître, comment avoir la place et le temps de savoir qui on est, ce qu’on veut, ce qui nous motive, ce qui nous anime… ?

Nous ne pouvons pas nous dire que le développement de l’être viendra « après ».

Nous ne pouvons pas nous dire que l’accumulation des connaissances prime sur le développement de soi.

Nous ne pouvons pas nous leurrer en pensant que les 2 vont de paire.

ED 09--25

Mon cerveau qui aime les visualisations a eu encore une image : je suis une maison.

Comment puis-je penser que ma maison sera vraiment la mienne, que ma maison sera confortable si je ne la créé pas à mon image, si je laisse les autres bâtir ses murs à ma place, en l’agrémentant de quelques portes et fenêtres (pas trop, si peu, m’empêchant de bien voir et découvrir le « monde réel » de mes propres yeux, en me faisant croire que je le verrais mieux en collant des feuilles de livres à la place des carreaux…) ?

Comment puis-je penser que ma maison sera durable si je ne commence pas par bâtir des fondations solides et fiables ?

Si ma maison est bâtie sans fondation, il est certain que le temps et les intempéries de la vie lui feront son affaire… Et c’est ainsi que certaines maisons s’enfoncent inexorablement dans les sables mouvants, entraînant leur propriétaire dans le mal-être et la dépression, faute de base solide, sécure.

D’autres maisons ont + de chance : chez certaines les murs ne font que s’effriter, mais chez d’autres le temps et les intempéries provoquent des fissures, les murs se fendillent et se craquellent. Le sol tangue, les objets de la maison tombent et se cassent. Quelques dégâts mineurs, d’autres + importants.

Comment puis-je laisser quelqu’un d’autre construire mes murs, savoir où je veux mettre mes fenêtres, savoir combien d’étages je veux bâtir ? Pourquoi laisser un autre décider que je ne mérite q’un rez-de-chaussée, alors que je voudrais et que je suis capable de me bâtir un étage avec balcon ? Pourquoi laisser un autre me bâtir 4 étages de luxe en ville quand je ne rêve que d’un petit cottage dans la nature ?

Pourquoi laisser les autres choisir comment je veux meubler ma maison ? Ne suis-je pas la seule à savoir ce que j’aime, ce qui m’anime, ce qui m’inspire ? Je veux chercher, chiner, me tromper de style, réessayer, inventer, construire ! Je ne veux pas d’un intérieur de catalogue !

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Laisser les autres bâtir et meubler ma maison, c’est aussi ne jamais apprendre les rudiments du bricolage : je veux apprendre à réparer moi-même les objets cassés et les murs fissurés de ma maison ! Je veux savoir manier les outils. Je veux me les approprier.

Je veux apprendre à me construire, apprendre à me protéger des intempéries, apprendre à me réparer.

Et ça, je ne peux pas l’apprendre dans la contrainte, sous la pression, dans la violence. Je ne peux l’apprendre que dans la liberté, l’espace et le temps de penser à ce que je veux vraiment.

Et croyez-moi, je suis bien là, dans le « monde réel » !

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3 réflexions sur “« Et comment pourraient-ils être préparés pour le monde réel ? »

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