Une école qui ne vend pas de rêve (non plus)

J’ai écrit par ici que nous étions une école qui ne fait pas de promesses.

Je rajoute aujourd’hui qu’on ne vend pas d’espoir. Et qu’on ne vend pas non plus de rêve.

Pour prendre une image qui parlera à tout le monde, entre l’idéal et la réalité, c’est comme si une femme pensait sa vie à travers les films et série télé, en imaginant qu’elle aussi sera maquillée et svelte et en bonne santé et épilée en permanence sans effort, naturellement.

J’ai la tristesse de vous annoncer que non. Ca se travaille. Ca se décide (ou pas).

Entre la théorie et la réalité il y a la projection, le non connu et aussi l’effort d’adaptation à ces 2 éléments naturels qui peuvent devenir de gros obstacles.

La théorie c’est une part de méthode ou d’ « approche » spécifique, selon ce que l’on souhaite y mettre, et une part de projection. Parce que la théorie, c’est beau, c’est noble et c’est essentiel, mais ça n’est pas le vécu. Ca n’est pas l’expérience (de celle qu’on apprend avec du recul, et aussi de celle qu’on vit sur le moment).

On peut arriver avec toutes les + belles théories du monde en tête, on en reste des êtres humains confrontés à la réalité, et la réalité ce n’est JAMAIS, pour personne, « je me lève fraîche, coiffée, maquillée et épilée ».

(après, que vous soyez « pour ou contre » l’épilation et/ou le maquillage, le débat n’est pas là ;), c’est vraiment juste un exemple caricatural mais explicite sur le gouffre qu’il peut exister entre ce qu’on voit chez les autres, ce qu’on imagine/théorise et ce qu’on va vivre soi, surtout si on se repose uniquement sur la théorie)

Etre la théorie et la réalité il y a la rencontre de l’Autre.

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Ah oui, l’Autre.

Celui qui peut embellir, magnifier ou freiner, abîmer.

Dans la rencontre de l’autre, de celle qu’on attend ou qu’on n’attendait pas, il y a celle qui fait avancer en douceur, celle qui élève, celle qui intrigue joliment, celle qui tire vers l’avant dans la joie, celle qui réconforte, celle qui fait grandir, celle qui fait rire, celle qui ramène en enfance, celle qui rend heureux, celle qui fait pétiller, celle qui fait du bien…

Et puis dans la rencontre de l’autre, de celle qu’on attend ou qu’on n’attendait pas, il y a aussi celle qui coince, celle qui appuie là où ça tire, celle qui grince, celle qui exaspère, celle qui met en rogne, celle qui fait peur, celle qui fragilise, celle qui fait fuir, celle qui fait mal…

Et si, lors de nos rencontres aux journées Portes Ouvertes ou lors de réunions, j’insiste toujours sur le fait que ce qu’on vit dans cette école est très intense, c’est parce que, pour ma part, j’y vis ces 2 genres de rencontres.

Je vais être brutalement honnête, avant l’ouverture de l’école je nourrissais la théorie dans la chaleur de ma petite tête avec les images que je me créais et celle que j’allais piocher dans les livres et les vidéos de la Sudbury Valley School et de ses consoeurs. C’est tellement beau, inspirant, tellement vrai ! Une fois qu’on a fait ce pas « en + », on ne peut plus revenir en arrière, parce que cela fait partie de ces prises de conscience qui bouleversent, qui marquent un tournant.

Mais ce n’est pas une raison pour idéaliser, ou pour trop théoriser. Ou chercher à vendre du rêve. Il ne faut surtout pas se cacher derrière les mots, aussi beaux soient-ils, en oubliant le facteur humain. Car nous sommes des êtres, à la fois alourdis par notre histoire et allégés par nos cheminements (ce qui peut rendre notre route parfois chaotique, pleines de creux et de bosses), face à d’autres êtres, avançant eux-mêmes tant bien que mal sur leur route plus ou moins tortueuse, plus ou moins bien entretenue.

Nous sommes des êtres uniques face à face. Notre interaction sera donc unique.

Alors cette rencontre qui me fait grincer des dents ou cette rencontre qui me fait mal, c’est en fait, derrière la façade, celle qui appuie sur ce qui me fait mal. Celle qui s’infiltre dans la faille, dans ma faille. Parce que parfois chez les autres, étrangement, point de résonance…

Alors forcément ça fait réfléchir ! Quand on compare entre nous, à l’école, ces rencontres qui grincent et gênent aux entournures, on réalise que ce ne sont pas les mêmes : « Ah bon et toi ça ne t’énerve pas ce comportement chez lui/elle ? », « Comment tu fais pour avoir autant de patience avec lui/elle sur ce point ? », etc… C’est la beauté de notre école, de cet espace de vie en communauté : parce que nous ne sommes pas seuls face à ces rencontres désirées ou non, nous pouvons prendre du recul en nous appuyant sur les autres, ou sur un Autre.

Quand je doute, je ne suis pas seule. Quand je faiblis je ne suis pas seule. Et c’est précieux : cela m’offre alors la place et le temps de me relever et de ne pas peser sur des épaules trop fragiles pour me supporter.

Je vous souhaite au cours de votre route de rencontrer (« hasard », « synchronicité », « c’est-que-ça-devait-arriver » ? peu importe !) l’épaule qui vous convient et vous aidera à ne pas vous arrêter à la première bosse.

Je vous souhaite de trouver cette alchimie d’équipe qui autorisera à vivre, être, ressentir, vous épancher et vous reposer. Pour mieux repartir.

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Car quand on parle d’apprentissages en profondeur, il s’agit aussi de nous, adultes.

Car l’apprentissage du vivre-ensemble passe forcément par la rencontre de l’Autre et donc de ce qu’on n’a pas envie d’y trouver. Je ne dis pas que tous les apprentissages doivent être douloureux, mais je pense intimement que celui-là est de celui qui transforme en profondeur, et donc qui remue, qui chahute.

Mais en même temps, qu’est-ce que vivre, si ce n’est se confronter à ce qui vient chatouiller ce qu’on voudrait garder enfoui ?

Qu’est-ce que vivre, si ce n’est travailler en permanence à tailler sa route et construire son chemin, plutôt que de tenter d’acheter une route bitumée et ses barrières de péage en kit ?

Il est inutile de chercher à niveler toutes les bosses sur sa route. Parce que c’est vain et illusoire de penser qu’on va y arriver, et surtout parce que ce sont ces/ses bosses qui la rendent unique. Par contre, on peut apprendre à y marcher sans se prendre systématiquement les pieds dedans. On peut apprendre à adapter sa façon de marcher.

Vous ne pourrez jamais vous préparer totalement à ce que vous allez vivre. Et vous ne pourrez pas écarter ce que vous ne voulez pas vivre.

Simplement parce que vous ne pourrez jamais imaginer ce que ça va être, comment ça va résonner en vous, sur quels points douloureux ça va appuyer, ni dans quelles failles ça va s’insérer. Le vivre-ensemble est un environnement profondément transformateur, encore + dans un milieu multi-âge et encore encore + dans une philosophie où la parole et le poids de chacun se valent, où nous devons lâcher notre position d’adulte « qui sait » !

Ceci-dit j’espère que mes propos ne sauront pas vous freiner dans votre quête et dans votre travail pour créer votre école (ou tout autre projet allant dans le même sens), car c’est l’expérience la plus intense et la plus transformatrice qu’il m’ait été donné de vivre. Hormis le fait d’être devenue maman. D’ailleurs c’est finalement comparable sur un point : comme l’accouchement, c’est possiblement (très) douloureux, mais qu’est-ce que c’est beau !

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Une réflexion sur “Une école qui ne vend pas de rêve (non plus)

  1. Juste un message vite fait….à chaque fois que je vous lis (je parle de Marie particulièrement mais également ramin) , je me sens toujours énormément touchée par la sincérité et la justesse des mots employés. Je ne connais pas votre histoire mais je me sens très proche de votre sensibilité et de votre vision de la vie. Merci de nous faire partager vos expériences qui sont toujours pour moi riche de Vie et d’humilité aussi!

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