Retour sur une journée de visite à l’école…

…par Alexandre et Céline, qui oeuvrent avec moi pour l’ouverture de l’Ecole Démocratique Paris-Saclay.

EDPS Réunion

***

Alexandre :

C’est peu dire que j’attendais ça comme un enfant attend Noël ou son anniversaire. Avec la joie de voir tout ça de l’intérieur, de mes yeux vus, en 3D et Dolby Surround; avec joie et un peu d’appréhension. Car après toutes ces lectures, discussions, réflexions, théories, vidéos et films épluchés et partagés entre amis, allait donc arriver ce moment de rencontre avec la réalité.

Un jour pas comme les autres donc pour moi qui, à cette heure d’habitude, ai déjà franchi les grilles d’une école souvent pas très dynamique où l’on élève en batterie des enfants encore plein de vie. Oui ! oui ! c’est plus tard, au collège que nos jeunes prennent cet air pâle et démotivé qui n’est pas dû qu’à un manque de soleil et de grand air dont Espinassous nous a pourtant prouvé les effets salutaires !

Bref pas de grilles à passer, ni de sonnerie rythmant le long cours des heures de cours dûment et mathématiquement saucissonnées, pas de prof organisant son rang avant l’entrée en classe. Ici on enlève ses chaussures comme à la maison et l’on vit sa vie que l’on ait 3, 16 ou 30 ans. D’ailleurs que faire d’autre en réalité, je me le demande, que vivre sa vie ? La question n’est pas que rhétorique et mériterait qu’on s’y penche sérieusement.

Je veux dire qu’il faut bien s’y mettre un jour ou l’autre à ce face à face avec soi, qui a fait dire très justement à Daniel Greenberg (Sudbury Valley School) que son école n’a rien d’une école facile dans la mesure où chacun, chaque jour, doit s’y demander ce qu’il veut faire en ce jour nouveau. Rien à voir avec cette prise en charge permanente en série des désirs et des volontés de l’école planificatrice… Alors pourquoi attendre d’avoir 40 ans pour se faire face à soi­-même ?

Passé ce trop long préambule je ne détaillerai pas l’ensemble de cette journée d’immersion où j’ai moi­même vécu à mon propre rythme (allant jusqu’à m’octroyer une petite sieste quand j’en ai eu besoin !), mais en relaterai un ou deux points marquants ou anecdotiques.

Ecole Dynamique Mars-29

Une surprise d’abord : non les ados ne passent pas toute la journée devant un écran. Et quand bien même me dira avec justesse Marie Gervais qui tricote un papier (il faudrait dire un écran à l’ère d’internet non ?) sur le sujet. Oui mais bon quand même… j’en suis étonné.

Oui un enfant de 3 ans peut passer le plus clair de sa journée à faire sa vie dans son coin sans un appel incessant aux autres. Du moins était­ce le cas de R. que j’ai beaucoup observé.

Oui une pré­ado de 11 ans peur prendre du plaisir à jouer à cache­cache avec des enfants plus jeunes qu’elle sans se demander si c’est encore de son âge !

Oui une petite fille de 3 ans peut passer devant un Conseil de Justice pour un rappel des règles de vie qu’elle a enfreintes et ne pas être plus impressionnée que cela par la nombreuse présence de plus grands autour d’elle dont elle sent la bienveillance.Je m’arrête un instant d’ailleurs sur cette séance de Conseil de Justice qui a été pour moi je dois le dire, le moment fort de la journée et un moment fort de ma vie tout court.

Étant habitué depuis presque 10 ans à côtoyer des enfants, des ados et jeunes adultes, je pense n’avoir jamais assisté auparavant au sein d’une école à un moment de vie en commun aussi riche d’écoute. D’abord de la part des adultes envers les plus petits, pour traiter de cas souvent balayés d’un revers de main dans des écoles de la République faisant preuve de comportements quotidiens beaucoup moins démocratiques, et je pèse mes mots.

Ecole Dynamique Mars-10-2

Mais aussi de la part d’adolescents entre eux, capables de réfléchir à la justesse d’une suspension d’un des leurs avec tact et finesse ou de lui témoigner ouvertement d’un soutien affectif bouleversant. Quel apprentissage de la vie en communauté ! Quel développement de la confiance en soi et en la valeur du collectif ! Et quelle expérience de l’importance du pouvoir des mots et de la prise de parole publique !

Je sens dans l’heure et demie que dure ce conseil toute la beauté de ce projet d’école démocratique et tout le sens qu’un tel lieu construit pour ceux qui y vivent. Au point de continuer de discuter un cas après la fin du conseil ! A­t­on déjà vu des délégués rester dans la salle après la fin du conseil de classe ?

Je me souviens avoir posé cette question à table le midi aux membres de l’équipe de l’école : “Alors après ces quelques mois d’expérience où l’on entend, voit et sent le positif du projet, quels sont les points négatifs ?”​. Et de m’entendre dire avec simplicité : “c’est drôle mais pour nous la question ne se pose pas comme ça; il y la des bonnes et des mauvaises choses qui se présentent à nous et nous faisons face à tout cela en le vivant et en continuant de progresser”.

Et j’ai compris le lendemain en revenant pour les portes ouvertes de l’école et en voyant des enfants et ados de l’école être là, et aider pour certains à mieux faire connaître le lieu, j’ai compris que c’était leur lieu, qu’ils se l’appropriaient et que chacun de ses membres en était de plus en plus solidement solidaire.

A l’heure où nos politiques pleurent l’abstentionnisme galopant qui dévore notre pays, et où l’individualisme nous rabougrit tous sur notre ego, comment ne pas voir dans cette toute jeune école un lieu de renaissance lumineux pour la démocratie, une chance de survie pour le vivre­-ensemble ?

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Céline :

Cette journée du 11 mars s’annonçait radieuse avec l’apparition du soleil printanier sur Paris. A la sortie du RER, sortie par le Parc Montsouris et ses allées sereines et verdoyantes. Rues calmes et discrètes, peu de circulation, ambiance quartier où l’on imagine facilement les soirs d’été, les tables sorties sur les trottoirs pour des moments d’échanges et de convivialité avec le voisinage.

Entrée dans l’école, pas de chaussures mais de la moquette qui permet une ambiance cocon et feutrée. Il est 9h30 et nous sommes presque les premiers arrivés, les enfants arrivant au fur et à mesure. Ambiance studieuse et accueillante. La visite des locaux me charme, les pièces sont spacieuses et peu encombrées : espace cuisine, espace détente, informatique, jeux, art, cinéma, bricolage, salle d’expression avec un piano. Les espaces se veulent modulables, inspirants et fluides.

La matinée se déroule. A ce stade, je serai bien incapable de dire concrètement ce que les enfants ont fait de leur matinée (ou même de la journée). J’ai aperçu des jeux de cache-cache, j’ai entendu le piano, il y a eu des ateliers cuisine, des jeunes sur leur ordinateurs portables, des adultes qui travaillaient seuls ou qui aidaient quelques jeunes dans la cuisine. De cette journée, je n’en retirerai que des impressions, pas de vérités toutes faites, il faudrait un temps d’observation beaucoup plus long pour étudier des processus aussi complexes, dans une école qui se vit comme un organisme vivant.

 Ecole Dynamique Février-13

Un temps fort a rythmé la journée, un moment institutionnel : le Conseil de Justice. Là, on ne peut plus douter, ce fut bien plus que des impressions ! Ce Conseil mêlant des “mineurs” (je n’ose les appeler enfants tellement les limites d’âges se révèlent limitantes et catégorisantes), de jeunes humains de 3 à 16 ans et un seul majeur, m’a permis de toucher du doigt le fait que lorsque l’on responsabilise les jeunes, les enfants, ils s’en emparent et font preuve de justesse, de maturité, d’empathie. Les paroles prononcées lors de Conseil de Justice sont la preuve que lorsque les frontières d’autorité sont levées, les humains sont capables de se prendre en main. Je gage que ce processus, sauf exception, se révélera comme une merveilleuse prise en main démocratique et que ces jeunes prendront à leur tour des initiatives citoyennes.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : la seule exigence de celle école (intransigeance diraient certains) est celle d’une éducation à la paix.

Ecole Dynamique Mars-4-2

La fin de la journée s’est achevée dans cette même ambiance, les plus jeunes ayant profité du soleil au parc.

Vous l’aurez compris, de cette journée me restent des impressions ensoleillées même s’il me reste des points d’interrogation qui se transformeront en points de suspension…
Je me demande finalement quelle est la frontière entre autonomie (un enfant qui joue seul toute la journée) et l’indifférence (plus personne ne s’en étonne et n’ose aller le déranger pour ne pas entraver son espace personnel). Je me demande si autant de respect ne pourrait s’apparenter à de l’indifférence et à quel degré cet enfant ne se sentirait pas enfermé dans cette étiquette. Cela pose finalement la question délicate des interactions entre les élèves de l’école et les membres du staff, de l’environnement que l’on propose aux enfants… Quels choix, quels positionnements derrière ?

Mais ces doutes ne pourront être levés en une seule journée d’observation ! Il faudra le vivre !! Je ne souhaite donc qu’une seule chose : l’ouverture de notre propre école qui sera, j’en suis sûre, un lieu où règne la joie et la liberté d’être !

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