Choisir, renoncer, avancer

Choisir c’est renoncer (n’arrête pas de me répéter quelqu’un en ce moment).

Pendant des années je me suis demandée pourquoi c’était si dur pour moi de faire des choix. Chaque choix était si compliqué, si impliquant, si effrayant ! Parfois j’étais paralysée au carrefour, ne sachant vers où aller, bloquée devant l’étendue des possibles, et parfois pour provoquer le sort je traversais sur un coup de tête en fermant les yeux, sans penser aux conséquences…

Etre paralysée ou foncée tête baissée : voilà les 2 seules voies qui semblaient s’ouvrir à moi en matière de choix !

Une situation visiblement partagée par beaucoup de monde…

Walking direction on asphalt

J’ai compris il y a quelques années que choisir était difficile car cela demandait de renoncer. Faire un choix c’est dire oui à quelque chose, et donc dire non à autre chose. Il faut apprendre à faire son deuil (je crois toutefois que certaines personnes sont plus sensibles à cette forme de deuil que d’autres).

Et puis il y a quelques mois j’ai compris autre chose, quelque chose qui s’ancre plus profondément dans notre éducation, dans notre histoire : j’ai pris conscience que cette difficulté à faire des choix se jouait à un niveau éducatif, dans notre rapport à l’enfant et donc à la place que nous lui laissons.

Avons-nous appris, dans notre histoire, à faire nos propres choix ?

Nous a-t-on laissé l’opportunité, dans notre histoire, de faire de VRAIS choix, avec de réelles conséquences sur notre parcours de vie ?

Il paraît que savoir faire des choix, c’est le prélude à « réussir sa vie » ! Il paraît que « choisir s’apprend » (dixit les médias). Oui, mais… ça s’apprend à l’école ? En famille ? Ca s’apprend dans des livres ? Ca s’apprend à travers des situations factices, comme on apprend le code de la route ? Et si ça ne s’apprenait véritablement qu’en vivant ses propres choix, dès l’enfance ? De VRAIS choix, dans de VRAIES situations ? (et pas juste « vanille ou chocolat ? », « Puissance4 ou Uno ? », « robe rose ou robe à pois ? »…)

Avons-nous appris à nous forger des opinions, à nous connaître nous-même ?

Avons-nous appris à nourrir et prendre soin du terreau essentiel à notre libre arbitre, à notre individualité, à notre « être libre » ?

Comment savoir faire des choix quand on n’a pas appris à « être soi » ?

Comment apprendre à « être soi » quand on n’a pas eu la possibilité de faire de vrais choix pour nous, avec de vraies conséquences ?

Je vais prendre une image simplissime : j’ai 20 ans / 35 ans / 50 ans et je suis au rayon des yaourts de mon supermarché. Pour la première fois de ma vie je suis seul(e) devant mon choix, car jusque là j’ai toujours eu quelqu’un pour acheter les yaourts à ma place, ou pour me conseiller. Parce qu’évidemment, chacun a toujours su mieux que moi quel yaourt était le meilleur pour moi. Et puis même si je n’aimais pas certains yaourts, je les mangeais quand même car « c’est pour mon bien ! ». Peut-être que si j’avais pu avoir la liberté de choisir mes yaourts dès l’enfance, ou même pendant l’adolescence, j’aurais su choisir pour moi. J’aurais pu développer mes propres goûts. J’aurais même pu créer mes propres yaourts, au lieu d’acheter ceux des autres !

Wow ! Peut-être même que j’aurais décidé de ne pas aimer les yaourts, qui sait ? Et puis qui a décidé qu’on devait tous manger des yaourts ?

Alors évidemment, apprendre à faire des choix, c’est aussi apprendre à naviguer dans l’océan tempétueux de cette société qui nous dit toujours quoi faire, et comment le faire. Il y a toujours quelqu’un qui sait mieux que nous (parce qu’il a « le diplôme », « l’autorité ») et puis il y a la mode, et puis les habitudes, la routine, et les médias, et les pédiatres, et internet, et la cousine, et la voisine, et, et, et…

A croire que tout le monde a un bon avis sur les yaourts qu’on va aimer, les yaourts qu’il faut manger et ceux qui sont bons pour nous (ou pour eux, peut-être, à travers nous ?) !

Concept image of a lost and confused signpost against a blue cloudy sky.

Nous sommes une école où les enfants ont la place de faire de vrais choix pour eux. Pour leur vie présente et pour leur vie future. Pour leurs intérêts propres, pour leur culture, pour leur instruction.

***

Bon, maintenant qu’on a posé tout ça, j’ai un exercice pour vous, pour le mettre en pratique :

Imaginez un peu que vous soyez un parent qui veut mettre son enfant à l’Ecole Dynamique, ou dans toute autre école identique (puisqu’il en fleurit dans toute la France, youpi !!). Même si vous croyez à fond en notre philosophie, vous allez devoir faire un choix : celui d’agir ! (gloups). C’est-à-dire celui de retirer votre enfant de l’école « traditionnelle » pour le mettre dans une école qui est tout sauf ordinaire !

Un choix qui découle d’un vrai cheminement, et surtout pas d’un coup de tête…

Un choix qui implique l’adhésion à une vraie philosophie de vie, pas juste un choix de pédagogie…

Un choix qui va vous entraîner sur un chemin « off road » plein d’aventures, une piste sans bitume, tellement personnalisée qu’elle n’a pas de carte et ne sera pas référencée dans votre GPS interne…

Un choix que vous aurez peut-être à assumer et à défendre face à votre famille, vos amis, vos voisins, la cousine du voisin, la voisine du boulanger, etc…

Un chemin plein de trous et de bosses, alternant de beaux moments et des doutes, des moments de peurs et de moments de bonheur… Une perte de repères totale, un lâcher prise.

choice2

Si vous êtes arrêtés au carrefour, ne sachant quelle direction prendre (à gauche, l’école classique, à droite, une école démocratique comme la nôtre), alors je vous invite à vous poser la question :

– « En faisant ce choix, à quoi j’accepte de renoncer ? »

En sachant que cette question en est en fait 2 :

1- « A quoi j’accepte de renoncer en envoyant mes enfants dans cette école ? »

(à mes repères, à la « sécurité » du GPS, aux habitudes, etc…)

2- « A quoi j’accepte de renoncer en laissant mes enfants dans une école classique ? »

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Une réflexion sur “Choisir, renoncer, avancer

  1. j’adore la 2ème question ! si percutante mais si juste !

    bonjour,

    oui choisir c est renoncer
    oui pour moi ça s’apprend: voyez comme un choix anodin peut très vite se transformer en dilemme pour un tout-petit et rien de tel pour le faire disjoncter !
     » tu veux banane ou pomme, tibou ? » et là subitement, regard navré et il fait la tête du spectateur de roland garros – gauche droite gauche droite gauche droite…. ha! il a planté là !

    mais renoncer requiert un fondement en soi aussi profondément SECURE que le choix qui survient impliquera la profondeur de l’etre, car cela nécessite 2 choses:
    – la capacité à « deuiller » les petites choses (pas si petites que ça)
    – et une façon de voir la vie, celle de prendre les choses dans le sens du verre à moitié plein au lieu du moitié
    vide.

    voici les résultats d’une étude pour l’ illustrer:
    un adulte place un enfant d’environ 5 ans dans une pièce où un bonbon trône sur la table. Il lui dit:
    « Ce bonbon est pour toi. Je vais partir 5 minutes faire une course, mais si pendant mon absence tu attends pour prendre ton bonbon et que tu le laisses sur la table sans y toucher, alors à mon retour je te donnerai un bonbon supplémentaire; tu auras 2 bonbons au lieu d’un. »
    on frôle le sadisme pas vrai ?!

    Les enfants étaient donc placés face à un choix motivé par une bonne vieille « carotte » et ce dans un cadre sans surveillance, jouissant d’ une certaine liberté d’action.
    Parmi les nombreux enfants de l’expérience, certains ont pu attendre et d’autres pas.
    A noter que ceux qui pouvaient attendre mettaient en place des tactiques de détournement d’attention:
    par exemple se mettre à jouer et se forcer même à revenir au jeu quand le regard revenait sur le bonbon si tentant, ou la bonne technique du « courage: fuyons! » en restant le dos tourné à la table durant tout l’exercice !

    Mais là où l’étude aboutit c’est quand elle se penche sur ce que sont devenus ces enfants 25 à 30 ans plus tard:
    il apparait de façon flagrante le phénomène suivant:
    ceux qui ont su attendre avaient largement mieux « réussi » leur vie: meilleures situations sociale, professionnelle et financière, vies familiale et affective plus stable avec moins de séparation(s), ressenti d’être heureux plus fort, etc…

    car ils avaient la possibilité de reporter leur satisfaction, leur plaisir, les rendant capables d’échapper au tout-tout-de-suite.
    cela présuppose une certaine confiance dans la survenue du bon pour se rendre capable d’endurer l’adversité du moment. (qui a dit « résilience » ?)
    il est là le caractère SECURE je crois.

    Et il n’a son origine que dans notre première visite au rayon yaourts, celle qui nous éduquera à placer l’autorité sur nous-mêmes:
    soit à l’intérieur de soi dans le but d’ériger son être,
    soit auprès d’une source extérieure avec un objectif décentré de l’être intérieur.

    Alors j’adhère a ce que tu dis Marie : l’enjeu éducatif dans la capacité de choix :
    quelle autorité sur eux-mêmes donnons-nous à nos enfants ? Jusqu’où ? A quel âge ?
    quelle autorité sur moi-même m’a-t-on donnée ?
    et comment soigner les effets d’un passé néfaste en cela pour transmettre du mieux ?

    C’est quand nous étions tout petits, en ce temps de notre archaïque, que se joue l’enjeu de l’estime de soi, de la confiance en soi, de la responsabilisation de soi.
    Tiens ! ça ressemble bizarrement aux bénéfices de l’apprentissage par l’autonomie et la démocratie !!
    Processus des écoles types dynamique: placer l’autorité sur soi à l’intérieur de soi, non pas à l’extérieur.

    La capacité de choisir serait un pré-requis au bonheur.
    mais il n’y a pas ce problème: cette capacité nécessite d’avoir appris à être soi ET elle nourrit l’être-soi.
    c’est un serpent qui se mord la queue ! Comment rentrer dans la valse si on est arrivé après le début de la danse ?

    SECURE -> CHOIX -> SECURE : voilà une cercle vertueux qu’il est bon de soigner. Le mieux, c’est de ne pas commencer à l’abîmer. (qui a dit « fo pouvoir » ?)

    Alors soignons les petits et les jeunes qui nous accompagnent et ouvrons une école démocratique dans l ouest de paris !
    🙂
    chaleureusement.
    pierre

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