Maggie et Benah, 2 américaines à Paris

Ces derniers temps l’activité du blog s’est un peu ralentie… Ce n’est pas qu’il y a moins de choses à dire, au contraire même ! Plusieurs articles sont en cours d’élaboration, sur des sujets différents, et aujourd’hui, un petit compte-rendu de la visite de Maggie et Benah, 2 jeunes filles de 18 ans fraîchement issues de l’école de Fairhaven, une école de type Sudbury aux Etats-Unis.

Maggie et Benah ont passé une semaine chez nous et ont également témoigné de la scolarité hors norme lors d’une soirée à Centrale.

Elles nous ont fait un retour à la fin de leur séjour, après 1 semaine à vivre à nos côtés à l’école… Même si chaque école est différente et possède sa culture propre, leurs ressentis et leurs conseils se sont révélés vraiment très intéressants !

(merci à Yohan pour son compte-rendu brut que je me suis permise de remodeler à ma sauce ;))

Maggie-Graduation-Resized

(Maggie lors de la remise de son « diplôme » Fairhaven School en juin 2015)

***

Partie #1 – Retour sur leur semaine dans notre école 

Elles ont toutes les 2 d’abord insisté sur le fait que nous étions sacrément avancés dans la philosophie et les processus démocratiques et judiciaires pour une école de cet âge, qui n’a même pas 1 an d’existence ! En ce qui concerne leurs conseils (avisés), Maggie et Bennah ont le regard de membres d’une école déjà bien en place depuis pas mal d’années. Il ne faut donc pas oublier de garder en tête que nous n’avons QUE 9 mois d’existence !

 

Si certains de leurs commentaires nous ont donc semblé encore un peu « loin » de notre situation, d’autres sont déjà en chemin chez nous, même de façon embryonnaire. Pour certains nous avons jugé important de mettre un petit coup d’accélérateur, pour d’autres nous continuons de cheminer pour voir si, oui ou non, nous arriverons à leurs propositions. Comme l’a si bien écrit Yohan dans son compte-rendu, « nous sommes dans un processus d’évolution et de construction et nous ne devons pas non plus mettre la charrue avant les bœufs, mais répondre à nos besoins, quand ils se manifestent, sans quoi on va droit dans les pâquerettes :). Le processus qui a été en place depuis le début de l’année a été naturel et normal dans cette construction. Si nous avions appliqué ces conseils dès le départ, nous aurions plutôt fait fuir les membres qu’autre chose et installé une distance entre l’école et ses membres, selon moi. »
 

 

Merci Yohan, tout à fait d’accord ! Comme pour tout dans notre école, rien n’arrive avant que le besoin ne s’en fasse sentir, et c’est un des points de cette philosophie auquel je suis le + attachée.
Nous vivons, expérimentons, chutons, nous nous relevons, affinons et apprenons de nos erreurs !
Nous restons au plus près de nos besoins du moment et de la synergie propre à notre communauté.
boeufs
(un boeuf et des pâquerettes)

Concernant la communauté :

– Elles ont trouvé que le staff était moins présent avec les membres dans l’école, par rapport à Fairhaven. Que nous passons beaucoup de temps entre nous, en réunion. (Yohan 🙂 « Il est vrai que dans ce processus de création d’école, nous avons un devoir de passer du temps à pérenniser cette école; ce qui implique beaucoup de temps à faire de l’administratif et de l’organisation. Beaucoup d’autres membres sont encore dans leur phase de décompression du système (il ne faut pas l’oublier), mais leur désir d’implication est néanmoins grandissant. Les membres commencent à développer un sentiment d’appartenance à l’école et à son fonctionnement. »

Je rajouterai également que le retour de Ramin sur Sudbury Valley School allait plutôt dans le sens inverse : que le staff passait beaucoup de temps à faire du travail administratif et était beaucoup moins présent avec les « élèves ». Ce qui me fait dire que là-dessus aussi chaque école est unique et que chacune peut créer sa propre culture à ce sujet…

Le fait est que nous avons des « périodes » : depuis le début de l’école nous avons eu des périodes où nous étions très présents dans l’école auprès des membres (pour sortir, faire des jeux, discuter…) et d’autres où le travail administratif et les relations publiques nous prennent beaucoup + de temps. La création d’une école, c’est énorme !! Surtout quand on est la 1ère du genre (type Sudbury). Nos réunions d’équipe mensuelles nous ont toujours permis de faire le point sur notre implication dans la communauté, autant du point de vue du « groupe-staff » que du point de vue personnel, pour chacun. Cela nous a toujours donné le recul nécessaire pour nous redonner du temps avec tous les membres.

Après, je rajouterai que chaque membre d’équipe a sa propre personnalité et qu’il est primordial de le respecter : l’important n’est pas de se forcer à développer des liens avec tous mais de le faire selon sa propre sensibilité. Je suis la plus introvertie de l’équipe et j’ai besoin de + de distance et de calme au cours de la journée, de me retrouver + souvent seule, car la vie en collectivité me demande beaucoup d’énergie : dans notre volonté de vivre la diversité, ce serait une erreur de ne pas être juste celle que je suis !

– Les parents :  Oh My GoD !  ils sont trop présents dans l’école !
C’est une discussion en cours à l’école : comment gérer cette question de la présence parentale ? Là encore, c’est le quotidien et l’expérience (positive ou négative) qui nous guide, et là encore, je suis persuadée que ça ne peut pas être un modèle commun à toutes les écoles, que cela fera partie de la culture de chacune…
Nous pensons actuellement (politique en cours de discussion au Conseil d’Ecole) restreindre l’accès de l’école aux parents, au niveau du sas d’entrée.
Cela fera l’objet d’un futur potentiel article, mais la philosophie se prête mal à une présence des parents au sein de l’école… Maggie et Bénah l’ont d’ailleurs explicité également pendant leur conférence à Centrale : l’école est l’espace « réservé » de l’enfant/ado, là où il peut librement déployer ses ailes, soustrait au regard de ses parents (et ici on ne parle même pas de la bienveillance ou non du parent).

 

– les 3-5 ans : So cuuuute, BUT : ils ne peuvent absolument pas prendre part à la vie démocratique de l’école, ce qui ne fait pas d’eux de vrais membres. Ils ne peuvent pas être jurés (au Conseil de Justice), ne peuvent pas tenir de discussion démocratique, prendre de décisions réfléchies, ni de responsabilités. Il ne sont pas indépendants autant physiquement que psychologiquement. En CJ ils ne comprennent pas forcément les décisions et ne prennent pas leurs responsabilités au sérieux. Ceci dit Maggie et Bennah ont remarqué le soutien et la complicité énorme entre tous les âges et que c’est un aspect qu’ils ne retrouvent pas chez eux (je rappelle que la grosse majorité des écoles Sudbury ne prennent pas les enfants en-dessous de 6 ans, pour ces raisons).

 

De notre côté, nous avons partagé avec Maggie et Benah ce que les plus petit nous apportaient : ils ne sont certes pas membres entiers de l’école, mais ils apportent une dynamique sociale très positive. Le fait de les traiter comme des membres et non comme des bébés les rend indépendants à une vitesse incroyable (petit bémol avec un article à venir bientôt). Contrairement à ce que M&B ont dit, certains « petits » comprennent les décisions du CJ et respectent leurs sanctions, des fois aidés il est vrai des plus grands qui se responsabilisent aussi vis a vis des plus petits…

Selon Yohan, « cette dynamique des plus petits renforce l’aspect collectif plutôt que l’individualisme (les plus petits n’ont pas peur d’aller parler au gros dur au fond de la salle pour l’attendrir). Et il y a une entente plus globale de l’école pour soutenir les plus jeunes à aller vers le respect du règlement et des autres. Je trouve cet aspect très fort car les plus grands se considèrent comme des exemples à suivre, ce qui amplifie le désir de vouloir faire respecter le règlement et d’agir de façon plus responsable. Personnellement, je veux des plus jeunes, peut être pas trop mais je trouve ça important. Quand est ce qu’on intègre aussi un senior ? » 🙂

 

– Le conseil de Justice :
De façon globale, elles nous trouvent assez laxistes avec le Conseil de Justice et la plainte systématique. Quelques conseils :

  • Ne pas hésiter à porter plainte pour tout ! même les plus petites transgressions
  • Ne pas fonctionner aux « rappels de la règle » et sanctionner de façon plus systématique
  • Minimiser le temps de discussion et d’échanges autour des ressentis
  • Ne pas hésiter à faire sortir les observateurs du CJ. Et ne pas forcément leur donner la parole (pas d’observateurs actifs)
  • Clarifier le placement des membres du CJ (les 3 jurés et les 2 responsables)
  • Avoir des sanctions systématiques pour certains cas récurrents (exemple le ménage : 1$ de versé à chaque manquement )
  • L’importance que le plaignant et l’accusé ne peuvent adresser la parole qu’au CJ.

(personnellement je suis contre les sanctions pécuniaires !)

Ecole Dynamique Février-13

***

Partie #2 : leur expérience racontée au public 

Pour cette partie je remercie vivement Pierre et Dalia, de l’EDOP (projet d’Ecole Démocratique de l’Ouest de Paris) pour leur compte-rendu partagé :

9 mai 2016 – RENCONTRE AVEC MAGGIE ET BENAH, 2 ELEVES DE LA FAIRHAVEN SCHOOL, TYPE SUDBURY, SITUEE PRES DE WASHINGTON.

Après une longue « scolarité » à Fairhaven, elles s’apprêtent toutes 2 à rentrer à l’université.
Elles apparaissent comme 2 personnes très épanouies, pleines de confiance en soi et qui savent ce qu’elles veulent. Elles ne semblent pas intimidées face aux défis qu’elles se donnent et elles ont fait preuve d’une belle éloquence. Maggie se destine à la danse de ballet et Benah au soin des animaux.
De leur présentation et de leurs réponses à nos questions, il ressort le sentiment d’une évidence frappante, même lorsqu’il s’agit d’évoquer le paradoxe familial.
Voici ce qu’elles ont partagé avec nous.

Comment l’école participe-t-elle à nous faire devenir des adultes parés pour la vie ?

En nous faisant expérimenter la vie à travers le quotidien et en permettant à chacun de se trouver soi-même. Pour cela, le fonctionnement de l’école repose sur 3 piliers:

1/ LA LIBERTÉ :

Grâce au fait qu’il n’y a aucune restriction liées à un enseignement académique, chacun jouit des libertés : de se présenter comme un individu à part entière, d’expérimenter l’ennui et d’en sortir par ses propres moyens, de créer, de partir de rien pour construire toute une réalisation, de devenir un expert de soi-même.

2/ LE RESPECT :

Des autres, du processus de l’école et de son système de gestion.

3/ LA RESPONSABILITÉ :

De soi, de l’école, de la réussite personnelle, de la communauté, du bien-être à l’école (réaction naturelle contre les déchets abandonnés et la consommation de drogues) ;
Tout cela mène à la responsabilité de ses actes (il n y a personne pour vérifier que l’on fait ce que l’on a à faire) et enfin à la responsabilité de sa propre éducation.
On apprend que son comportement élabore sa responsabilité (et vice-versa).

Dans la Fairhaven school, un jeune obtient son diplôme après avoir fait une présentation ayant pour thème « pourquoi je suis un adulte responsable » devant un jury de 3 personnes (des membres Sudbury mais ne faisant pas partie de l’école). Ces jurés lui remettront le diplôme si le jeune les a convaincus.

Qui dit Fairhaven dit :
Avoir du temps, gérer son temps, le mélange des âges, confiance, imagination, créativité, talents, émergences de compétences, être responsable, conversations, conversations et conversations, la liberté dans des règles (comme pour les adultes !), un environnement sans pression qui entretien le goût de l’effort et le rend propice aux challenges.

Des jeux collectifs et des promenades en extérieur, des échanges, 2 amis que 10 ans séparent, de la musique, des réunions en conseil, du foisonnement partout !

Maggie et Benah ont ensuite répondu aux questions du public :

– Les plus jeunes ont 5 ans : ils passent leur temps à jouer, regarder, faire leurs choix, beaucoup de matériel dispo, la nature dehors.
– Actuellement l’école compte 80 jeunes (25 au départ) (pour mémoire 150 env. à Sudbury)
– 5 adultes encadrants offrant une richesse de talents différents : écologie, poésie, savoirs académiques etc…
– C’est vers 12-13 ans que l’on découvre ce que l’on souhaite en profondeur.
L’école et à-la-maison sont 2 espaces bien différenciés et ainsi cela ne pose pas de problème que leurs règles et fonctionnement ne soient pas les mêmes. Aussi les parents n’ont-ils pas leur place à l’intérieur de l’école : ils doivent respecter l’école comme un espace privé pour leur enfant, c’est très important.
– Une différence avec les élèves du cursus standard : ceux de Fairhaven savent avoir une conversation !
– Pour préparer le test d’entrée aux institutions publiques, la liste des savoirs acquis à Fairhaven s’est révélée fort imposante. Avec du travail, les tests sont passés sans soucis.
– Les anciens élèves rejoignent vraiment tous types de métiers, employés ou non.
– Les bons cotés de l’école traditionnelle : il y a beaucoup de jeunes et des équipes de sport.
– Les jeunes passent beaucoup de temps en extérieur dans le parc de l’école et à s’adonner à des jeux collectifs mais aucune activité n’a plus de valeur qu’une autre. Et ce qui fait quitter la salle informatique/jeux vidéo c’est l’attrait d’aller dehors, la curiosité de ce qui se passe dans le conseil de l’école et de ce que font les autres, etc etc…
– Quand on s’ennuie, on se retrouve avec ceux qui s’ennuient aussi, on regarde les autres dans leurs activités, on va au conseil de justice du jour…

Publicités

Une réflexion sur “Maggie et Benah, 2 américaines à Paris

  1. Merci pour ce compte-rendu hyper intéressant ! C’est dommage que les écoles Sudbury américaines n’accueillent pas les moins de 6 ans (ou 4 ans). Si je comprends leurs raisons, je trouve ça triste d’exclure ainsi les tout-petits des apprentissages autonomes et auto-dirigés. Ca veut dire que là-bas, entre 3 et 6 ans, ces derniers sont obligés d’aller dans d’autres types d’écoles alternatives, au lieu de pouvoir bénéficier de la philosophie Sudbury dès le début… et donc de subir des apprentissages dirigés, à un âge crucial de leur développement (3-6 ans). Il y a bien sûr la possibilité de l’IEF mais toutes les familles ne peuvent pas le faire. C’est donc tout à votre honneur d’ouvrir vos portes aux tout-petits, et je trouve ça bien que chaque école développe sa propre culture, adaptée à ses besoins. 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s