« En l’absence de village, les mères ont à lutter plus fort »

Encore une traduction ! Celle d’un très bel article de maman qui tombait à pic concernant (une partie de) mes cogitations du moment… alors que je suis toujours dans l’écriture d’un article sur la possibilité de « faire du Sudbury » à la maison.

(une thématique qui a fait l’objet de nombreuses heures de discussion lors du 2ème regroupement Eudec !)

Nous mettons en place un environnement permettant la liberté totale de l’enfant concernant son emploi du temps, ses centres d’intérêts et ses apprentissages. Mais quid de la maison ? Peut-on transférer cette philosophie à la maison ? Doit-on le faire lorsque l’on met ses enfants dans une telle école ? Comment vivre le paradoxe si on ne le fait pas ? (et je vis moi-même ce paradoxe)

Mes cogitations du moment ont fini par me faire sortir de ce que j’appelle le « paradoxe familial » pour me faire comprendre que c’était l’environnement même de la famille nucléaire, propre à notre société (1 couple/des enfants), qui nous empêchait de mettre en place une telle philosophie. En attendant mon article, voici donc celui d’une maman qui n’a rien à voir avec notre philosophie et les écoles de notre modèle, mais qui pose déjà quelques jalons sur cette notion de « communauté », base de notre école, et qui était à la base également de la cellule familiale avant…

Parce que c’est une question qui touche les « membres d’équipe qui sont aussi parents » tout autant que les parents qui mettent leurs enfants dans une école comme la notre !

Cette maman commence son article par « chères mères » mais les papas ont le droit de se sentir concernés également 😉

Enjoy ^-^

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(clic sur l’image pour l’article en anglais)

ps : comme d’habitude, traduction très rapide de ma part, donc manquant parfois cruellement de fluidité et de poésie… mais l’idée était de le rendre accessible à tou(te)s !

***

« Chères mères,

Je vous écris aujourd’hui parce que je ne peux plus contenir la douleur dans mon ventre et le feu dans mon cœur sur une injustice dont vous et moi sont les premières victimes.

Bien que cette injustice affecte tout le monde – les hommes, les femmes, et les enfants – les mères non seulement n’en portent que plus le fardeau, mais nous nous en sentons également responsables de façon disproportionnée (…)

L’injustice est la suivante:

Il faut un village pour élever un enfant, mais il n’y a pas de villages.

Par village , je ne veux pas simplement dire « un groupe de maisons et de bâtiments associés, plus grand qu’un hameau et plus petit qu’une ville, située dans une zone rurale ». Je me réfère à une manière de vivre, dans des communautés multi-générationnelles. Communautés au sein desquelles les individus se connaissent bien, partagent leurs joies, leurs charges et les peines de la vie quotidienne, se nourrissent les uns les autres en cas de besoin, pensent au bien-être des enfants et des personnes âgées de plus en plus dépendantes, et se sentent nourris par leur contribution essentielle au groupe qui les maintient en sécurité.

Je parle de l’environnement le plus naturel au sein duquel les enfants peuvent grandir.

Je parle d’un mode de vie pour lequel nous sommes biologiquement câblés, mais qui est presque impossible de trouver dans les pays développés.

Je parle des besoins primaires non satisfaits entraînant la frustration pour chaque mère ne vivant pas au sein du village.

Bien que l’expression «Il faut un village pour élever un enfant» soit devenue un cliché, l’impact de l’absence du village est tout sauf insignifiante. Elle a fait des ravages sur notre qualité de vie d’innombrables façons...

En l’absence du village …

  • Une énorme pression est mis sur les parents qui essaient de compenser ce que des communautés entières ont eu l’habitude de fournir.
  • Nos priorités se déforment et deviennent floues tandis que nous essayons de répondre à tant de besoins contradictoires.
  • Nous nous sentons moins sûrs et plus anxieux sans les limites connues, les attentes et le soutien d’un groupe au sein duquel nous pouvons grandir.
  • Nous sommes obligés de créer nos tribus durant les moments de notre vie où nous avons le moins de temps et d’énergie pour le faire.
  • Nous avons tendance à nous accrocher fermement à nos idéaux et nos paradigmes parentaux, même si cela nous divise, dans une tentative de nous sentir plus sûres et moins accablées par tant de moyens et d’options disponibles.
  • La façon d’être naturelle de nos enfants est compromise, car la plupart des voisinages et des communautés n’autorisent plus aujourd’hui « l’itinérance » (vagabondage) des enfants au sein de laquelle  ils peuvent explorer, créer et nourrir leur curiosité.
  • Nous courons comme des fous en essayant de compenser nous-même les interactions, les stimulations et situations d’apprentissage qui étaient autrefois si proches.
  • Nous oublions ce qui semble «normal», ce qui nous laisse le sentiment de ne pas faire assez ou pas assez bien.
  • La dépression et l’ anxiété montent en flèche, en particulier pendant les périodes de nos vies où nous sentons instinctivement que nous avons plus que jamais besoin de soutien, mais sans avoir l’énergie de le trouver.
  • Nous nous sentons impuissants à cause des nombreuses responsabilités et des pressions que nous essayons tant bien que mal d’honorer.
  • Nous dépensons de l’argent dont nous ne disposons pas pour des choses dont nous n’avons pas besoin, pour tenter de combler les vides que nous ressentons.
  • Nous comptons beaucoup sur les médias sociaux pour nous sentir connectés, ce qui conduit souvent à nous sentir encore plus isolés et insuffisants.
  • Nous sentons seuls et invisibles, même quand nous sommes entourés de gens.
  • Nous nous sentons souvent jugés et mal compris.
  • Nous nous sentons coupables pour à peu près tout : ne pas vouloir/avoir le le temps de jouer avec nos enfants, de ne pas assez travailler, de trop travailler, d’autoriser trop de temps devant les écrans pour pouvoir faire face à nos responsabilités, etc.
  • La joie, la légèreté et le plaisir nous paraissent difficilement accessibles.
  • Nous pensons que nous sommes censés être indépendants, et alors nous avons honte de notre besoin des autres.
  • Nous prenons des décisions qui ne reflètent pas nos valeurs, mais plutôt nos besoins profondément insatisfaits.

Peut-être l’élément le plus tragique de tous, l’absence du village déforme le « sentiment de soi » de nombreuses mères. Cela nous croire que nos insuffisances sont à blâmer pour nos problèmes, et ce qui perpétue encore le sentiment que nous devons faire encore plus pour les gérer…

C’est un piège. Un cycle auto-entretenu. Une réalité déformée qui tire sa force de l’état d’esprit d’oppression toujours en place malgré nos libertés.

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Voici un nouvel état d’esprit à essayer :

Vous et moi ne sommes pas du tout le problème. NOUS FAISONS DEJA BEAUCOUP. Nous pouvons nous sentir inadéquates, mais c’est parce que nous sommes sur la ligne de front du problème, ce qui signifie que nous sommes les plus durement touchées. Nous absorbons l’impact d’une structure sociale cassée et oppressive pour que nos enfants n’aient pas à le faire.

Cela fait de nous des héros, pas des échecs.

Non, nous ne sommes pas opprimées de la même manière que nous l’avons déjà été (ni comme d’autres femmes le sont encore dans le monde entier), mais ne vous méprenez pas à ce sujet:

En l’absence du village, nous sommes désavantagées comme jamais auparavant. Nous pouvons avoir plus de libertés que nos aïeules, mais notre fardeau reste disproportionné et oppressivement lourd.

Depuis le début des temps (et jusqu’à très récemment), les mères ont porté les fardeaux de la vie ensemble. Nous avons frotté nos vêtements dans les cours d’eau en riant et éclaboussant les tout-petits et en portant ensemble le deuil de nos amours ou de la vie. Nous avons tissé, cousu, cueilli, rangé et réparé tout en échangeant les histoires de nos grands-mères vieillissantes. Nous avons compté les unes sur les autres pour panser nos blessures (physiques et émotionnelles) et, quand les temps étaient durs, nous avons demandé conseils aux anciens sages et expérimentés de notre communauté.

(…)

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Et aujourd’hui ? Nous sommes forcées de créer tout cela pour nousmêmes dans une société qui s’est physiquement et énergiquement restructurée autour d’un nouvel ensemble de priorités. C’est un modèle « le profit avant l’individu », qui menace la sécurité de presque tout ce pour quoi les mères sont câblées pour protéger.

Bien que je sois optimiste et pleine d’espoir par nature, ce dilemme m’a découragée à plusieurs reprises au fil des années. Comment une nation entière de mères peut-elle changer un scénario, alors que nous sommes individuellement et collectivement affaiblies par l’absence de la chose dont nous avons tant besoin ?

Même si c’est encore chaotique, je pense que nous sommes dans un mouvement de changements culturels majeurs. En attendant, chacun de nous a un choix à faire:

Nous pouvons les appuyer et nous conformer à ce que les choses sont aujourd’hui, ou au contraire nous pouvons exercer les libertés que nos aïeules et pères ont gagné pour nous et nous engager à faire notre part unique et essentielle dans la création de changements, en commençant par le faire en nous.

Vous et moi ne sommes pas susceptibles d’éprouver ce ce que c’est que d’élever des enfants dans un village réel, mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas non plus le projet de cette génération. Cette génération est sur le point de se réveiller à propos de qui nous sommes vraiment et de ce que nous voulons vraiment, pour remettre les comptes de la société à zéro.

Faire sa part dans le mouvement de « re-envillager » notre culture commence par être totalement et courageusement VOUS.

Voici quelques mesures concrètes à prendre dès que vous êtes prêtes :

  1. Soyez vraiment claires sur une chose: le fait que vous êtes en difficulté n’est pas le résultat de vos insuffisances, mais des circonstances culturelles contre nature dans lesquelles nous vivons.
  2. Maîtrisez et honorez vos besoins. La plupart des mères se promènent avec plusieurs besoins personnels profondément insatisfaits tout en se concentrant presque exclusivement sur les besoins des autres. C’est une des premières choses qui nous empêche d’avancer, personnellement et collectivement.
  3. Pratiquez la vulnérabilité. Une connexion riche, sécure et authentique est essentielle pour prospérer. Cultiver cette qualité de connexion demande du courage et la volonté de sortir de sa zone de confort.
  4. Maîtrisez vos points forts. Qu’est-ce qui vous fait sentir forte et pleinement en vie ? Qu’est-ce qui vous éclaire et vous donne de l’énergie juste en y pensant ? Qui seriez-vous pour votre village, si vous aviez un ? Puisez dans vos points forts et les mettre en avant est l’ un des meilleurs moyens pour attirer le genre de personnes que vous voulez dans votre vie, pour inspirer les autres et pour construire un sentiment de communauté qui vous rempli plutôt que de vous vider.
  5. Devenez une partie intégrante de quelque chose. Que ce soit un groupe de tricot, une troupe de danse, le membre d’un kayak club, ou un groupe d’IEF, rejoignez une communauté qui vous anime ou répond à un besoin. Utilisez les connexions que vous cultivez au sein de cette communauté en demandant courageusement ce dont vous avez besoin, que ce soit un soutien, les ressources, ou des encouragements.
  6. Faites votre part et UNIQUEMENT votre part. Bien qu’il soit tentant de remplir nos vies à ras bord avec des engagements de toutes parts, cela nous fatigue et nous vide.
  7. Apprenez l’amour de soi et l’auto-compassion. Dans une culture du «jamais assez», il est essentiel que nous forgions des relations saines avec nous-mêmes pour être en mesure de repousser les nombreux messages agressifs qui veulent nous dire qui nous sommes censés être et ce qui nous rend digne de bonheur et d’amour. En fait, je vois l’amour de soi dans l’action comme le plus grand cadeau que notre génération de mères pourrait donner aux mères de demain.
  8. Exprimez votre vérité. Même quand vous êtes terrifiée. Même si cela fait de vous la personne la plus courageuse de la pièce.
  9. Imaginez un nouveau chemin. Là où nous nous dirigeons ne ressemble en rien à là d’où nous venons. Créer le genre d’avenir que nous souhaitons exige d’imaginer cet avenir et de croire à une nouvelle façon d’être. Soyez spécifique et pensez en grand. Que voulezvous?

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J’ai goûté à la vie du village:

  • Pendant mes études, quand ma tribu d’idéalistes et rêveurs était tout proche.
  • Quand mes jeunes cousins adultes vivaient avec nous pendant plusieurs mois. Je n’ai jamais autant aimé la maternité que pendant ces jours où je savais que les besoins des enfants étaient joyeusement partagés entre toutes ces âmes
  • En retraite avec d’autres femmes, alors que chacune de nous pouvait réaliser combien nos luttes étaient identiques, et comment nous avons vécu dans le soutien constant, l’interaction quotidienne, la guérison, la légèreté et la facilité.
  • Lors des fêtes en plein air, lorsque le village est recréé, même le temps d’un week-end de camping.
  • Pendant le temps passé avec les mères mayas au coeur du Mexique rural très pauvre. Là, j’ai été témoin des bénédictions rendues possibles par la présence d’une tribu, même chez les plus défavorisés.

Mon âme a été nourrie profondément au cours de ces périodes. Chaque fois que je reçois un avant-goût de ce qui nous manque, je me renforce et je suis pleine d’espoir. Tout ça c’est l’énergie dont nous avons besoin pour créer un changement. Voilà ce que les pouvoirs en place ne veulent pas que nous ressentions.

Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait, mais je sais ceci :

Nous sommes censés être en train de pleurer, de célébrer, de tomber et de nous relever ensemble.

Nous sommes censés avoir des grands-mères et des tantes et des voisins et cousins partageant les moments de tous les jours, qui nous guident.

Nous sommes censés être nourris pendant des mois de post-partum, soignés quand nous sommes malades, tenus pendant que nous pleurons, et soutenus pendant les transitions difficiles.

Et nos enfants sont censés être bercés et ont le droit de se développer au sein des structures sociales que nous jugeons les meilleures pour eux.

Trouvez-vous, puis trouvez votre tribu. Ou faites l’inverse. Il suffit pour cela de ne pas se contenter, de ne jamais se contenter d’un mode de vie créé par ceux qui ne respectent pas votre âme et chérissent vos bébés.

Beth »

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5 réflexions sur “« En l’absence de village, les mères ont à lutter plus fort »

  1. Merci, très bel article en effet. Je me retrouve dans ce manque exprimé, d’autant plus fort, que de mon côté, il n’y a que très peu de lien avec ce qui fut ma famille avant que je fonde la mienne, et que nous vivons loin de là où nous sommes nés.
    J’ai l’impression aussi d’avoir quelques belles expériences de communauté, dans ma vie actuelle, et très clairement, le projet d’école Sudbury qui s’ouvre près de chez nous (à Dublin), en fait partie…
    J’ai hâte de lire l’article sur le paradoxe familial!
    Merci encore pour tous vos articles, toujours passionnants.

    Aimé par 1 personne

  2. Je travaille dur sur ce sujet et j’avais jusqu’ici la terrible impression d’être la seule à me battre. Merci pour m’avoir montré le chemin du village 🙂

    Personnellement, j’ai créé http://www.zanka.international/ : un village de compétences qui permet à chacun, sans la moindre petite parcelle de discrimination, de trouver sa place dans un village et de contribuer à en créer un et à le faire prospérer. La rue est à mes yeux telle un village magique qui s’éteint chaque soir et renait au matin.

    Je ne m’attendais pas à trouver un article aussi profond et particulier sur le site de l’école dynamique de Paris, ni sur aucun autre site, mais ça me fait l’effet d’avoir trouvé une pierre précieuse 🙂

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