La démocratie, c’est la patience

(pas que ça, bien sur, mais c’est quand même beaucoup ça !)

Je me suis surprise plusieurs fois, au cours de ces derniers mois, à dire à des visiteurs de tout poil : « ah oui, la démocratie c’est lent !! Ca demande de la patience… une sacrée grosse patience, même » (selon mon humeur je peux le dire de façon moins polie :D)

Mais voilà une chose (encore une) que j’ai compris depuis ces quelques mois : la démocratie, la vraie, demande du temps. Elle demande du temps de réflexion et elle demande du temps pour s’attendre les uns les autres. Parce que chacun ne va pas avancer à la même vitesse et parce que les pressés, les « urgentistes » de la décision, auront toujours tort.

Evidemment il y a rarement un camp et l’autre… on se retrouve toujours au moins une fois dans le camp des « urgentistes » ! Mais il y un état d’esprit à acquérir pour certains, un pli à prendre.

La démocratie ce n’est pas « j’ai une proposition, on en discute 3 minutes et on la vote ».

(Enfin si, ça l’est trop souvent dans la « vraie vie », celle des « grandes personnes sérieuses », celle des élus qui se réunissent en douce un dimanche de vacances scolaires pour faire passer une loi dont personne ne veut…)

Capture d’écran 2016-06-09 à 12.12.46

Nous avons tous, dans l’équipe, expérimenté la volonté, très vite réduite à néant, de passer « en force » une proposition sans vouloir attendre les 2 semaines réglementaires (Conseil d’Ecole #1 = on en discute en 1ère lecture -> Conseil d’Ecole #2 = on en rediscute en 2nde lecture et si les discussions sont abouties on vote). On a tous voulu prendre une décision avant le Conseil d’Ecole, ou bien avant la réunion d’une Commission. Mais non, heureusement (sauf cas rare !) il y a toujours une voix pour nous rappeler qu’il y a un protocole démocratique, et que personne n’a le droit de l’ignorer 

– Alors rassurez-vous, certaines choses peuvent, par besoin, passer « rapidement ». Il y a tout de même un protocole permettant de faire passer une proposition de 1ère lecture directement en 2nde lecture avec vote. Dans certains cas, ça peut aller très vite. Il faut pour cela l’accord de tous (ou plutôt l’absence de désaccord : « qui s’oppose à ce que cette proposition soit passée en 2nde lecture ? »). Mais ce protocole doit rester exceptionnel… –

***

Il y a quelques temps j’ai partagé sur la page FB de l’école une vidéo de DataGueule sur l’Etat d’Urgence.

J’avais à cette occasion ressorti quelques phrases tirées de la vidéo, parce que ces phrases résonnent particulièrement avec ce que nous vivons à l’Ecole Dynamique :

« L’une des dimensions fondamentales de la démocratie, c’est la reconquête par les citoyens de la gestion de leur agenda, ou de leur temporalité. Il est évident que se laisser dicter le rythme de sa temporalité, c’est déjà faire un pas vers la servitude »

-> On a déjà pas écrit sur ce blog à propos de la reconquête de notre temps, de sa place essentielle dans notre philosophie et de son importance vitale dans nos vies et celles de nos enfants. Je ne développerai pas + ici sur ce sujet précis

***

« Tant que l’on court, on oublie de regarder autour »

-> A ceux qui nous demandent quel recul nous pouvons avoir sur nos propres comportements (à nous, staff) – et c’est une question tout à fait légitime ! -, je réponds souvent que nous sommes en quasi permanence dans un état de « veille » active. Nous nous observons nous-même et nous nous observons les uns les autres (quand on vous dit que c’est intense de travailler dans une telle école, et que c’est un vrai gros travail sur soi ;)). Rien ne passe inaperçu, soit dans l’instant même, soit dans un délai de quelques jours.

Parfois on est même pris à notre propre piège : ça m’est déjà arrivé de regretter avoir mis « autant de temps » avant de réaliser telle ou telle chose à modifier, jusqu’à ce qu’un autre membre de l’équipe prenne du recul et me fasse réaliser à quel point ce délai était en fait très court… A trop vouloir être dans « l’urgence de bien faire » (dans l’urgence de la perfection, finalement), j’ai oublié de lever le nez et de regarder autour !

Nous avons vite également appris à bannir le mot « urgence » de notre vocabulaire. Non (au risque de vous vexer), aucun email n’est « urgent » (qu’il s’agisse d’un parent, d’un journaliste ou d’un lecteur de ce blog…). Non, rien ne mérite qu’on agisse « dans l’urgence » parce que la personne en face considère, elle, cela comme urgent. Non, aucun appel ne mérite qu’on abandonne un enfant en pleine discussion et qu’on court jusqu’au téléphone. Au contraire même : c’est à nous de montrer une image posée, sereine. En ne nous précipitant pas. Téléphone, internet = ce n’est pas parce qu’on est joignables partout et tout le temps qu’on doit devenir des esclaves de cette nouvelle situation !

(petit message perso à ma mère : arrête de courir quand ton téléphone sonne !)

(petit message aux porteurs de projet : oui, c’est important de répondre au téléphone dans les premiers mois car il s’agit souvent de parents intéressés pour inscrire leurs enfants ou de journalistes curieux. Mais arrivera un moment où le + important ne sera plus « remplir l’école » mais « construire l’école » (article déjà écrit à ce sujet) -> viendra alors le moment de mettre les téléphones sur répondeur !)

Capture d’écran 2016-06-09 à 12.12.19

***

Parce que quand on agit dans l’urgence, on est tout sauf posés. Tout sauf sereins. Et qu’on prend alors souvent de mauvaises décisions. Pire que tout, on entretient l’idée erronée que les choses sont urgentes.

Et on s’installe alors dans un drôle de paradoxe, de la part d’une école qui considère le temps comme un bien précieux.

Quel modèle sommes-nous si nous montrons un visage pressé et tendu à nos membres de tous les âges !?

Quel modèle sommes-nous si tout nous semble constamment urgent, si plus rien n’a de valeur médiane en terme de temporalité ?

Quel modèle sommes-nous si ce que nous vivons dans l’action, dans le présent, dans le rapport humain, passe à l’arrière-plan de ce dans quoi nous projetons ?

Quel modèle sommes-nous si nous plaçons constamment demain/la semaine prochaine/dans 1 heure/tout à l’heure avant là maintenant/tout de suite ?

Alors à plusieurs reprises nous avons décidé de dire STOP ! Et de reprendre le temps de passer du temps avec nos membres, de jouer avec eux, de discuter, de créer des liens.

Ce sont des moments où il faut oser dire : « Ca peut attendre », « on va trop vite » : la communauté passe avant l’administratif et les projets ambitieux de l’école !

Arrêtons-nous, allons lentement, regardons autour de nous.

Prenons le temps de vivre.

Capture d’écran 2016-06-09 à 12.11.49

(photos du compte Instagram de l’école)

Hé, mais ça marche en famille, aussi ! D’ailleurs j’en parle beaucoup dans mon livre « La famille buissonnière » 😉

***

« Soyons attentifs, très bien, mais à nous, à l’autre, à notre démocratie. En reprenant ce temps qui nous appartient, est-ce qu’on pourrait équilibrer à nouveau la balance de notre démocratie ? Celle où nos peurs cesseraient de peser + lourd que nos espoirs ? »

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