La rentrée de Lisy (5 ans) à l’école Dynamique – témoignage d’une maman

Maÿa (11 ans), co-responsable de blog de l’école, est en quête de recueillir les témoignages de parents de l’école Dynamique. Laurence s’exprime sur la rentrée de sa fille Lisy (prénom malgache qui se prononce « Liss »).

Après l’article de Ramïn sur le « choix éminemment personnel », j’ai ressenti le besoin d’écrire sur la rentrée de Lisy, 5 ans.

Alors déjà se pose la question du choix de l’école dynamique. C’est la suite logique de réflexions depuis une quinzaine d’année pour ma part. Après des études de sociologie, de sciences de l’éducation, d’éducatrice de jeunes enfants…et ma vie de maman, j’ai fait le constat que l’activité spontanée de l’enfant est primordiale. Pour moi, c’est l’enfant qui nous montre le chemin et non l’inverse ! Nous avons tous en tant que parent essayé d’apprendre, de montrer le bon exemple « tu peux faire comme si » et combien de fois, nous retrouvons face à un enfant  qui veut aller à droite alors que nous devons aller à gauche, ou qui préfère monter les escaliers à 4 pattes alors que nous lui avons montré qu’il pouvait se tenir à la rambarde et marcher… Et à l’inverse, nous nous retrouvons parfois surpris par les compétences et la détermination de notre enfant car pour nous, il n’a  pas l’âge auquel il doit acquérir cette compétence ou bien par peur, ou toute autre raison…

Force est de constater que mon enfant décide déjà de sa vie avant ses 5 ans. D’ailleurs Lisy me l’a dit une fois à 4 ans dans les toilettes de l’aéroport après un voyage à New York. Je lui tends le papier toilette et là elle me répond : « maman c’est moi qui décide de ma vie ! » Une petite anecdote qui peut faire sourire mais la détermination dans ses yeux montrait le sérieux de ses paroles !

Il faut dire qu’avec son père, nous lui avons laissé dès son plus jeune âge beaucoup de liberté. Alors elle pouvait décider de certaines choses : par exemple,  à 2 ans, elle décidait de la façon de s’habiller. Nous la laissions vivre ses expériences motrices…sans faire à sa place si bien qu’elle est plutôt à l’aise dans son corps aujourd’hui.

Cela demande en tant que parent un lâcher prise, une « non attente »… Je me rappelle lors d’une réunion pédagogique de parents dans son jardin d’enfants alors qu’elle avait 3 ans, le débat portait sur la question : « qu’attendez-vous de votre enfant ? » et nous disions « Nous n’attendons rien en particulier car nous estimons important qu’elle ait son libre arbitre et confiance en elle. Avec cette confiance, elle pourra s’adapter aux moments de sa vie, y compris ceux qui seront difficiles ».

Les 3 ans au jardin d’enfants se sont bien passés dans l’ensemble.  Mais Lisy n’aimait pas le temps du travail « scolaire » du matin (qui durait une heure). Cela était trop formel pour elle. Elle n’aimait pas non plus qu’on l’interrompe dans ses jeux pour aller faire une activité ou manger…Donc elle mettait en place des stratégies pour ne pas travailler : faisait tomber sa trousse, inventer une douleur au bras gauche et droit (pour ne pas écrire), voulait un mouchoir…des stratégies tout en douceur sans perturber le groupe. Une forme d’intelligence nous disait la maîtresse ! Et moi au fil de mes lectures sur les apprentissages informels, autonomes (John Holt,  Alan Thomas, André Stern, le magasine PEPS, le film «  être et devenir », « Alphabet »…), et à l’heure du CP, je voyais mal Lisy dans un système classique trop formaté à mon goût.

Avec mon conjoint, nous avons fait le tour des écoles alternatives parisiennes (Montessori, Decroly, Sequana, Steiner, l’école d’aujourd’hui, et bien sûr l’école dynamique) et avons réfléchi à faire l’école à la maison sous forme d’unschooling (sans apprentissage ni programme). Au départ, pour des raisons financières, organisationnelles et réflexions autour du temps passé à l’école, nous voulions un mi-temps école et mi-temps maison. Mais aucune école ne voulait accepter ce choix.

Donc nous nous sommes lancés dans l’aventure « école dynamique » malgré le coût et les sacrifices que cela engendre.

Septembre 16 : Lisy est contente d’aller à l’école dynamique ! C’est parti ! Le 1er jour : son père reste une bonne partie de la matinée. Elle observe, se rapproche de Marjorie…et va jouer avec les enfants. A la fin de la journée, Lisy est contente de pouvoir faire ce qu’elle veut.

2ème jour : je l’accompagne, rentre dans l’école et Arthur me dit que les parents ne peuvent rester (alors que la veille, on avait dit à son père qu’on pouvait rester les premiers jours pour les petits en intégration). Déçue mais respectueuse du règlement, je pars… Et là, première prise de conscience : ce n’est pas moi qui est à l’école dynamique, c’est ma fille !

La semaine suivante, l’enthousiasme de Lisy se transforme doucement en ennui. Elle ne sait pas quoi faire, joue avec d’autres enfants mais ne va pas du tout vers les adultes. Certains soirs, elle ramène son repas non entamé. « Il y a trop de monde au frigo. J’ai pas trouvé Marjorie ». La présence d’ados l’intimide.

Et un soir elle me lâche «  mais maman tu la trouves bien cette école ? ». Triste de me décevoir, elle me dit qu’elle n’aime pas car il faut s’inscrire tout le temps même pour aller aux toilettes* ! «  Ce n’est pas une école, on apprend rien ! On fait que jouer ».

Et là je me rends compte que tout le chemin que j’ai élaboré en plusieurs années, elle, du bout de ses 5 ans, ne l’a pas fait ! Un peu formatée, elle ne se rend pas compte qu’on apprend en jouant, en marchant dans la rue, en observant le quotidien, la vie…

Le bilan au bout des deux semaines d’intégration avec Ramïn et Alexandre a donc pris une tournure inattendue : des parents qui croyaient dur comme fer à l’expérience de l’école dynamique face à une petite fille qui était introvertie, collée  à son père… qui à la fin dit : « je veux arrêter ». Et là, panique à bord, il faut l’avouer ! La mettre dans une autre école mais où ? C’est avec beaucoup de sincérité que  Ramïn et Alexandre ont parlé à Lisy tout en sachant pour eux qu’elle  prenait ses marques doucement. Avec justesse et empathie, ils se sont mis à sa portée pour bien lui expliquer le fonctionnement de l’école et lui ont demandé si elle avait besoin que les adultes aillent plus vers elle…pour dépasser sa timidité.

« Deux semaines ne sont peut-être pas suffisantes pour elle ? » C’est ce que l’équipe propose en prolongeant la période d’intégration pour voir si Lisy avait besoin plus de temps pour s’adapter, et pour nous parents de trouver une alternative à l’école dynamique, pour pouvoir même y revenir plus tard si Lisy le souhaitait.

A l’issu de ce bilan, nous nous sommes rendus compte que le choix est « éminemment personnel »  et revenait  à notre fille. Même si nous étions convaincus que l’école dynamique était adaptée aux besoins de Lisy, c’était finalement à elle de voir si cette école lui convenait.  Nous ne voulions pas instaurer un rapport de force, donc nous avons décidé de la laisser tranquille, de rebondir sur ce qu’elle disait de l’école mais sans en rajouter trop. La laisser faire son expérience de petite fille, de comparer avec son ancienne école, d’essayer de comprendre ce nouveau système, les plaintes, le Conseil de Justice, l’achat de gâteaux et commencer à comprendre la valeur de l’argent, la notion d’heure (grâce à l’heure qu’elle note le matin et le soir), sa peur de ne pas savoir lire et écrire (pour elle, il faut travailler beaucoup  sur les lettres pour y arriver), son amitié avec Paloma et les autres enfants…Elle s’est retrouvée face à elle-même : que faire de ses journées quand il n’y a pas un adulte qui propose une activité, qui décide que l’on va travailler sur tel sujet ? Elle a dû être actrice, trouver des idées…pour combattre l’ennui…Forcément c’est plus difficile que subir des apprentissages mais tellement plus formateur.

Si bien que progressivement, elle a pris ses marques, découvert l’émission « C’est pas sorcier »,  a appris des gros mots et a découvert ce que l’on peut dire et ne pas dire, a pris ses premières plaintes (dur, dur !), a déposé les siennes, a réussi à en faire retirer une en argumentant…a pris en maturité, c’est certain !  Elle comprend petit à petit le sens des apprentissages naturels et autonomes à l’inverse du rapport maître-élève.

Et finalement, elle a accepté de rester dans cette école. Bien sûr, parfois, elle préférerait rester à la maison…mais on est sur la bonne voie.

Dernièrement, elle a dit qu’elle pouvait changer les règles de l’école et elle compte bien le faire…A suivre alors…

* pour éviter un éventuel malentendu : l’accès aux toilettes est libre à tout moment à l’école Dynamique.

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