Un an à l’école dynamique : retour d’expérience d’une mère.

Laurence, la mère de Lisy -6ans- nous partage son expérience après avoir passé un an à l’école dynamique. Cela fait suite au premier article écrit il y a 10 mois, lors de la rentrée de sa fille : Article ici

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L’heure du bilan a sonné au moment des réinscriptions pour septembre 2017. Les premiers pas de Lisy à l’école ont été difficiles. Elle a été confrontée au plus dur dès le départ : l’ennui ! Se retrouver face à elle-même, que faire de ses journées quand on a 5 ans et demi ?

Apparemment, c’est une phase que de nombreux enfants et adolescents vivent dans les écoles Sudbury. Que faire de cet ennui ? Trouver les ressources en soi pour trouver ce qui nous anime dans la vie, se porter par les autres ou bien suivre son instinct, prendre conscience du temps qui passe…et le temps a été long pour Lisy « c’est long de vous attendre le soir ». L’attente des parents, voilà un objectif en soi mais que faire pendant ce temps-là ? Jouer ? Parler ? Danser ? Travailler ? Rêver ? Dormir ? Aller vers les autres ?

Pour Lisy, la première étape a été de découvrir cette école, son fonctionnement, ses règles.

Elle a mis un mois pour s’adapter. Elle a remis en question l’école en disant :

«  Mais c’est une école ? On ne travaille pas, on fait que jouer ! »

Le concept d’apprentissage autonome n’était pas du tout évident pour elle. Elle refusait de s’inscrire dans les clubs, était distante des adultes.

Elle jouait avec 2 filles, 7 et 12 ans. Le trio de choc, chaque matin, des retrouvailles chaleureuses ! Il y a eu la période « cabane », « bagarre avec les garçons », « cinéma » (un dvd chaque jour), l’émission « C’est pas sorcier » sur les bonbons, l’électro statisme, « la chasse à la sorcière », les jeux de poupée…

Elle a découvert le conseil de justice, les premières plaintes qu’elle a reçues. Elle a porté une plainte une seule fois. Elle a réussi à enlever les plaintes déposées contre elle en argumentant.

Premier point important pour nous : savoir se défendre verbalement, être capable de dire son opinion, son ressenti.

Puis elle a commencé vers janvier à participer aux clubs percussions, théâtre et couture. Une ouverture vers les autres s’est opérée. Elle a joué avec des enfants plus petits de 5 ans. Elle est contente d’aller à l’école, de faire sa tâche de ménage à 17h. D’ailleurs, elle range plus à la maison.

D’une manière générale, Lisy est plus responsable et autonome. Du haut de ses 6 ans, elle prend confiance en elle, s’affirme. Elle est capable de verbaliser ses émotions, ses joies, ses colères, ses peurs.

« Mais alors qu’a-t-elle appris ? » Grande question de l’entourage !

Un an à l’école dynamique, c’est aussi combattre les préjugés de notre entourage. Lisy aurait dû être en CP, l’année où on apprend à lire, écrire et compter. Elle a dû faire face aux questions « ça va l’école ? T’es en CP ? Alors tu sais lire ? »

Selon les personnes, nous expliquions ce qu’était l’école dynamique et là, un long débat s’enchaînait. Ou sinon, nous coupions court à la conversation. Lisy a bien donc entendu qu’il y avait les « pour » et les  « contres ». Elle a entendu parler des écoles classiques alors qu’elle n’y a jamais mis les pieds (avant, elle était dans un jardin d’enfants alternatif avec un regard sur l’acceptation de la différence). J’imagine qu’à 6 ans, cela ne doit pas être simple de faire le tri entre tout ce qu’elle a entendu. Elle a vécu le départ de nombreux enfants de l’école. Elle a voulu aller à l’école classique pour apprendre à lire.

Elle a ressenti une pression de ses grands-parents par rapport à la lecture. Lisy s’est intéressée aux mots un jour de novembre dans un restaurant : elle a demandé à son père de l’aider à déchiffrer le mot « porto ». Et là s’est installé avec lui une envie de regarder les lettres, de les nommer, les mémoriser, les découper en syllabes. Je trouve cela intéressant d’observer comment cet apprentissage se met en place naturellement (sans qu’un professeur le fasse pour tous les enfants d’une classe d’âge en même temps). J’imagine qu’il y a plein de façons de découvrir la lecture. Alors, pour Lisy, ça s’est déroulé par vagues. Au début, tous les 2-3 jours, elle déchiffrait les mots avec son père plutôt. Puis plus rien pendant 1 à 2 mois. Elle refusait d’apprendre à l’école en demandant aux adultes, pour elle, c’était à la maison uniquement.

Des phases de découragement, d’énervement : « j’y arriverai jamais. Je suis nulle ». Elle avait besoin de se rassurer face à un sentiment d’échec. Elle a pris conscience que cet apprentissage ne serait pas magique, qu’il demandait des efforts, de la patience (qui n’est pas son fort !), de la mémorisation… L’intervention inapproprié de mes parents l’a bloqué quelques temps, elle ne voulait plus du tout entendre parler de lecture. En fait, ils lui posaient des questions du style : « alors là, il y a écrit quoi ? » Mais quand on ne sait pas, un sentiment d’impuissance, de ne pas être capable de répondre à la question, au résultat attendu et de ne pas pouvoir faire plaisir à l’autre envahit complètement.

Au lieu d’accompagner, d’attendre que ce soit l’enfant qui demande,

on le presse comme s’il fallait déjà une rentabilité à 6 ans !

Pour nous parents, c’est donc faire face aux critiques de son entourage proche sans jamais ébranler notre conviction de la méthode Sudbury.

J’ai constaté à l’intérieur même de l’école lors des réunions entre parents ou staff/ parents, cette même opposition entre les parents sceptiques et ceux plus imprégnés de la philosophie de l’école.

Le départ de deux co-fondateurs de l’école a déstabilisé de nombreux parents. Comme si la méthode Sudbury ne serait plus la même sans eux ? S’ils partent alors que l’école n’a que 2 ans d’expériences, c’est qu’il doit y avoir un hic ! Je peux comprendre les liens affectifs qui ont pu se créer avec les parents et les enfants mais de là, à tout remettre en question ? J’ai choisi l’école dynamique pour ses valeurs fondamentales, sa philosophie, pas pour une équipe. D’autant plus, que la raison du départ est de créer un « village dynamique », village écologique qui reste dans la lignée de l’école à savoir l’autonomie, la démocratie, l’autogestion. C’est donc une nouvelle expérience à plus grande échelle pour eux.

L’école dynamique, ce n’est pas l’école du bonheur. C’est une école où l’on apprend à être soi dans une communauté d’enfants et d’adultes. C’est comme une micro-société avec ses bienfaits et ses travers.

A l’école dynamique, il y a aussi des poux, des vols, des pleurs, des cris, de la violence, de l’injustice, de l’impatience…des enfants autoritaires, des solitaires, des rêveurs, des enfants impulsifs…sauf que les enfants ont droit à la parole et le pouvoir de faire changer les choses s’ils le souhaitent. C’est un apprentissage d’oser s’exprimer devant les enfants et adultes. Certains osent porter plainte contre un adulte, d’autres le feront peut-être plus tard, d’autres certainement jamais.

C’est l’école de la vie où l’on apprend de ses erreurs, ses choix et ses conséquences.

C’est l’école de la coopération où chacun prend sa place à sa manière dans un groupe.

Etre parent à l’école dynamique demande de remettre en question sa propre éducation et scolarisation, les modes d’apprentissages que l’on a reçus en redonnant une importance au jeu, une confiance en son enfant…en étant patient, en dépassant ses préjugés.

Par exemple, les enfants peuvent répondre au téléphone de l’école ou peuvent envoyer des mails aux parents ; on peut leur confier les clés de l’école le week-end pour organiser un évènement.

Cette confiance des adultes envers les enfants les responsabilisent tellement !

En tant que parents, nous nous immisçons peu dans les choix de Lisy à l’école. Nous n’avons pas d’attente particulière quant au contenu de ses journées. Parfois, elle nous raconte, parfois, non. C’est son jardin secret, sa vie. En tant que parent, cela demande un certain lâcher prise, recul. Bien sûr, parfois j’aimerais qu’elle sorte plus au parc, qu’elle aille plus vers les adultes quand elle se fait mal. Mais est-ce à moi de porter un jugement sur ce qu’elle fait, ce qu’elle est profondément ? Je peux la guider, l’accompagner sans lui imposer mon point de vue.

 

Ce n’est pas toujours simple mais c’est la condition pour qu’elle devienne réellement elle-même !

Laurence, mère de Lisy (6ans)

 

Retrouvez également les parents de Lisy (Laurence et Tsoa) dans les interviews des parents de l’école dynamique :

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2 réflexions sur “Un an à l’école dynamique : retour d’expérience d’une mère.

  1. merci pour ce partage d’une grande richesse.. bravo et merci pour ce choix et ce témoignage..parce que c’est une nouvelle société que vous et votre fille êtes entrain de proposer…et cela me donne de l’espoir

    Aimé par 1 personne

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