Face à l’écran, face à nous-mêmes…

Article de Laurence, mère d’une membre de l’École Dynamique.

 

Ma fille Lisy, 7 ans, fait sa troisième rentrée à l’école dynamique.
Lors de deux rencontres parents/école en septembre, un sujet est revenu, celui des écrans. Chaque année, les nouveaux parents se posent les mêmes questions : pourquoi les écrans sont-ils en accès libre ? D’ailleurs, pourquoi y en a-t-il ?
Je dois dire que pour ma part, ce n’est pas une question que je me suis posée en arrivant à l’école. Tout simplement parce qu’en choisissant la philosophie Sudbury, j’ai décidé de lâcher prise, de ne pas maîtriser ni de contrôler ce que fait Lisy à l’école.

Cette école permet aux enfants de se découvrir eux-mêmes, leur centre d’intérêt. J’ai décidé de faire confiance à ma fille. Elle vit des expériences positives et négatives, et moi, mon rôle de parent, c’est de l’accompagner dans ses expérimentations, de l’amener à la réflexion, l’analyse… si elle le demande. En fait, je ne suis qu’observatrice de sa vie à l’école, de ce qu’elle veut bien m’en montrer.

Donc la question du matériel pédagogique mis en place à l’école a peu d’importance pour moi d’autant plus que les enfants peuvent l’apporter de chez eux. Ce qu’il me semble important c’est la variété des jeux proposés afin que les enfants aient le choix.

Les jeux, livres, écrans… chaque support peut être riche… tout dépend ce qu’en font les enfants.

Alors pourquoi cette question des écrans revient toujours ? Quelle peur y a-t-il derrière ?

On part toujours du présupposé que les écrans sont néfastes pour le développement d’un enfant, pour le cerveau… que les écrans seraient abrutissants.

Il faut dire que c’est un sujet largement médiatisé depuis une quinzaine d’années avec les titres de publications alarmistes « Les dangers de la télé pour les bébés » « Guide de survie aux écrans » « Débranchez vos enfants », « Plus de 2 heures par jour nuit à l’intellect des enfants » d’après une étude récente canadienne…

Donc forcément, on pense en premier lieu qu’un enfant développera une addiction aux écrans s’il est libre d’y aller à volonté. Mais quand commence l’addiction ? Est-ce en termes de quantité ?

Alors peut-on parler d’addiction sociétale quand nous observons les adultes face à leur portable, ordinateur… ?

Pourquoi n’a-t-on pas peur que nos enfants soient addicts aux livres, jeux de cartes, poupées… ?

La question que j’ai envie de poser à chacun d’entre nous, parents d’enfants à l’école dynamique : quelle est ma propre consommation des écrans ? Suis-je capable de m’arrêter ? Quelles images  plus que d’autres m’attirent ? Que vais-je voir : des séries, des jeux, des informations, des enquêtes, des sujets qui me passionnent… ?

Les écrans n’ont-ils pas été un frein un jour à la communication avec mon enfant ?

Combien de temps je passe sur mon ordinateur, ma tablette, ma télévision… alors que je pourrais faire tellement de choses plus intéressantes, comme le dit-on à nos enfants?

Car si les écrans sont si néfastes pour les enfants, pourquoi ne le sont-ils pas pour les adultes ?

Ce que je veux dire, c’est que les enfants reçoivent deux messages contradictoires : n’allez pas trop sur les écrans, c’est dangereux, alors que leur environnement quotidien est entouré d’écrans (pub, signalisation dans les gares, aéroports, tablettes dans les restaurants, paiement par carte bancaire…).

Je me souviens d’une anecdote qui m’était arrivée en allant à la piscine. Une panne d’ordinateur nous a permis de rentrer gratuitement. L’employé n’a pas pris son vieux stylo et cahier pour noter les entrées. Les technologies ont tellement pris d’ampleur que l’homme est perdu sans.

Derrière cette peur des écrans, n’y a-t-il pas une peur plus large, celle de la déshumanisation ? Cette peur, je peux la comprendre mais pour moi, ce n’est pas en supprimant tous les écrans, qu’on arrivera à les apprivoiser.

Si on supprimait  les écrans de l’école dynamique, c’est comme si on interdisait aux enfants d’accéder à un monde auquel seuls les adultes ont accès. Alors que les écoles démocratiques au contraire mettent les enfants et les adultes sur le même pied d’égalité.

Quelle confiance donne-t-on à nos enfants ?

Pourquoi croit-on qu’ils vont devenir forcément accros aux écrans ?

Sommes-nous les bonnes personnes pour leur montrer le droit chemin ? N’est-il pas plus intéressant que l’enfant fasse son cheminement par lui-même quitte à passer par des phases de consommation excessive ?

D’ailleurs, n’est-il pas la seule et unique personne qui sait ce qui lui convient ?

L’enfant fait des expériences positives et négatives et en tire des leçons.

L’année dernière, nous avons tenté de limiter les écrans à Lisy à la maison… et c’était des scènes de hurlement. Jusqu’à ce que mon conjoint me fasse remarquer que je lui demandais d’arrêter de regarder la tablette alors que moi-même j’étais devant l’ordinateur. Prise en flagrant délit face à mes contradictions, j’ai pu remarquer qu’ensuite, c’était plus facile pour elle d’arrêter quand j’arrêtais moi-même.

Vendredi dernier à 23h, Lisy était sur la tablette pendant que nous étions en train de regarder la télévision. Je vais voir Lisy. Je lui demande si elle n’est pas fatiguée. Elle me répond « Si. Mais j’attendais que vous veniez me dire d’arrêter la tablette ». Alors là j’ai compris qu’être dépendant de la parole de l’adulte ne lui permettait pas de s’autoréguler. Mais pour pouvoir aller à la rencontre de ses limites, elle doit passer par des phases de consommation extrême, des phases de consommation à la baisse, des contenus avilissant peu flatteurs pour l’ego intellectuel… afin d’acquérir son propre discernement.

Du haut de ses 7 ans, Lisy a déjà des remarques pertinentes sur le thème des écrans : « Dans le métro, regarde, ils sont tous sur leur portable », « Maman pourquoi les écrans fascinent tant? », « J’ai du mal à arrêter parfois ».

Pourtant, quand ses copines à l’école regardent des écrans, elle préfère ne pas regarder même si elle s’ennuie du coup. Il me semble qu’elle regarde plus les écrans à la maison car à l’école, « il y a autre chose à faire » selon ses propos. À la maison, elle joue peu seule avec ses jeux : elle a besoin de l’interaction avec un adulte.

Les écrans sont un outil d’apprentissage avant tout.

A la maison, Lisy utilise les écrans de manière variée : sur nos portables, elle utilise les mini-jeux ; sur la tablette, elle peut jouer (surtout des jeux de construction d’une ville, d’un paysage, de personnages ou bien des jeux de mode) ou regarder des vidéos (reportages, dessins animés, séries humoristiques…) ; elle a une DS. Elle utilise peu la télévision (nous-mêmes, nous ne la regardons pas) et seulement le replay. Elle ne connaît pas le concept de télévision « en direct » puisque nous pouvons regarder comme bon nous semble.

Elle utilise peu l’ordinateur, plutôt des dessins animés sur internet ou DVD.

À l’école, quand Lisy avait 6 ans, elle regardait avec ses copines « C’est pas sorcier » sur des sujets divers : la fabrication des bonbons, l’électromagnétisme, les tortues, les dauphins. Et le soir, à la maison, elle nous les faisait partager.

Pendant une période d’un mois, elle ramenait un DVD par jour de la maison à l’école pour les regarder avec ses copines. C’était leur rituel. Mais cela a été de courte durée.

Elle ramène sa DS parfois. Elles jouent chacune leur tour. Et elles font des vidéos de leur vie à l’école (en quelque sorte des stories comme sur Facebook ou Instagram !). Elles inventent des scénarios ensemble et jouent la comédie.

Lisy, vers 7 ans, à la maison, a voulu créer des jeux vidéo avec son père  (il a travaillé en tant que graphiste dans le jeu vidéo pendant 15 ans). Ils ont dessiné ensemble les décors de son jeu « toca boca », écrit des textes. Ensuite, elle ramenait son « travail » à l’école.

On parle souvent de passivité des écrans alors que ces exemples montrent que l’écran est un support d’apprentissage à partir duquel l’enfant va approfondir son vocabulaire, ses notions et aussi utiliser sa créativité et son imagination dans d’autres domaines.

Depuis ses 5-6 ans, elle est capable de dire que tel film ou dessin animé n’est pas de son âge car cela lui fait peur. Elle a regardé dernièrement Harry Potter avec son père. Celui-ci a pu constater que certaines scènes ne l’effrayaient pas telle que l’apparition de Voldemort alors que celle du cours de Hagrid sur les animaux la rendait nerveuse.

Il avait fait des projections qui se sont avérées fausses. La peur est donc subjective, différente d’un individu à un autre.

Je lui ai demandé comment elle peut savoir si une vidéo est de son âge ou pas. Elle dit que quand il y a du sang, ce n’est pas de son âge. Et elle rajoute que si elle tombe par hasard sur une vidéo qui peut faire peur, elle prépare une autre vidéo de son âge, comme ça elle peut changer de vidéo si la première est jugée néfaste pour elle.

Elle anticipe sa peur et trouve une solution plutôt efficace. Elle fait sa propre sélection !

Et sa sélection est plutôt diversifiée : elle regarde des vidéos de danse (tous style confondus… et elle reproduit les mouvements), des vidéos de l’école dynamique, de Néo et Swann (test de jeux de société, sketchs)…

Je sais qu’elle a vu des vidéos violentes à l’école avec des enfants plus grands. Mais en aucun cas, je vais remettre en question l’école et le staff sur ce problème. Je me dis que mon rôle de parent est d’accompagner Lisy en mettant des mots sur les images qu’elle a vues. Car dans la vie, elle verra des choses dures qu’on ne peut pas contrôler comme une scène de bagarre, un fou qui crie dans la rue, un accident… Et cette école c’est une immersion dans la vie, une microsociété où des individus se côtoient pour le meilleur et pour le pire.

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