Interview : Mattéa, la vie après le Bac

Et notre série d’interviews de l’ét… euh de l’automne sur les membres qui partent (ou pas) de l’École vers d’autres cieux continue!!!

*

Andréas : salut Mattéa! Alors, est-ce que tu peux nous dire comment tu es arrivée à l’École ?

Mattéa : J’ai eu mon bac, je savais pas quoi faire, je voulais pas faire un truc sans aimer alors je suis parti en rando. [Rires] Un soir, plus tard, je me suis renseignée sur les universités alternatives, chères, qui me semblaient n’avoir d’alternatives que le nom. En faisant ces recherches je suis tombée sur le blog de l’École Dynamique. Tout de suite ça a été une évidence. J’ai tout lu, ça m’a pris des heures. Je voulais rencontrer ces gens, c’était l’endroit que je voulais depuis toujours et que je n’avais même pas osé imaginer. Au début je ne pensais pas y être « élève » parce que j’avais 16 ans et mon bac en poche. Et puis j’ai compris que l’âge et le bac n’avaient rien à voir avec le fait de venir dans cette école.

A : Qu’est-ce qu’il y a à découvrir ici quand on a déjà son bac avec un ou deux ans d’avance ?

Mattéa : Il y a soi-même, déjà. Ici j’ai découvert qui je suis, qui je veux être. Il y a la vie en collectif. Des gens avec qui on n’a pas forcément d’affinités à la base et que l’on rencontre dans un contexte plus ou moins démocratique. [Rires] C’est chouette, ça change. J’ai découvert l’existence de l’École en novembre 2016 et je suis devenue membre en janvier 2017. J’imaginais apprendre des langues, de l’économie, du droit, je ne sais quoi… Je me sentais super motivée. Je pensais pas du tout à ce que moi je pourrais peut-être apporter au collectif. Ni à ce que le collectif lui-même allait m’apporter : par exemple les autres, le multi-âge. J’avais jamais parlé à un enfant ! J’avais ni frère ni sœur… Pour moi les enfants c’était juste des morveux ! [Rires] Pourtant à 11 ans je voulais des droits et des devoirs, mais à 16 ans j’aurais été la première à traiter avec mépris un enfant considéré comme « désobéissant ». Comme si j’avais oublié comment on peut être grand à 11 ans. Maintenant je me souviens de qui j’étais il y a 10 ans, et je ne pense pas que ça ait moins de valeur que ce que je suis aujourd’hui. Quand je garde un jeune maintenant je sais me mettre à sa place et défendre [son point de vue] mais à l’époque non. Donc tu vois, à l’École Dynamique je ne pourrais même pas lister tout ce que j’ai appris, il y a probablement beaucoup de choses dont je n’ai même pas conscience, parce que la plupart de ces choses, ce n’était pas forcément volontaire, je n’avais pas décidé de les apprendre, je les ai apprises simplement en les pratiquant. Sans me dire ‘je vais apprendre ça’, ou quantifier ou qualifier ce que j’apprenais. Par exemple… rester factuelle en Commission d’Enquête et d’Arbitrage. [Rires] Ou donner un sens aux choses. Ou me dire que tout n’a pas forcément besoin de sens… Mon passage ici aura un retentissement sur toute ma vie. J’ai simplement été heureuse et moi-même. Ça n’a pas de prix.

A : Bon, là on est fin septembre 2018, je viens de tomber par hasard sur toi en passant faire une partie de go, je ne savais pas que tu étais encore là, finalement cette année tu pars ou non ? [Rires]

Mattéa : Je sais pas ! J’irai jamais aussi loin que je veux dans mon voyage Sudbury ! C’est sans fin. Comme m’a très justement dit mon amie Nergis, on n’a pas forcément besoin d’être dans une école pour le continuer. C’est assez douloureux d’imaginer partir. Cette école a un peu « sauvé ma vie ». Je pars peut-être cette année. Tant que je ne trouve pas un truc mieux que l’École et que j’arrive à payer ma scolarité, je reste. Dans deux ou trois mois je ne pourrai peut-être plus. On verra.

A : Comment tu as payé ta scolarité jusqu’ici ?

Mattéa : C’est horrible, mais 6 mois au Burger King. Et babysitting. Et serveuse. J’étais crevée de bosser en plus de l’École, alors si je travaille cette année ce sera un jour maxi par semaine pour trois jours à l’ École, et si ça ne marche pas je partirai.

A : Tu es « majeure » maintenant, comme on dit, et je t’ai vue hyper impliquée dans tous les aspects démocratiques de l’École Dynamique. Pourquoi tu ne te préparerais pas à créer ta propre école ?

Mattéa : Merci, comme si je n’y avais pas pensé ! [Rires] Je voudrais en créer une un jour à Nancy mais je ne me sens pas mûre pour m’y investir pleinement. Je voudrais donner à d’autres familles, d’autres jeunes, l’opportunité de vivre ce que j’ai vécu, ce que je vis.

A : Quel a été l’effet sur ta famille de ton séjour à l’École Dynamique ?

Mattéa : J’habitais plus ou moins chez ma grand-mère. C’est la première personne à qui j’avais dit en 2016 que j’avais découvert l’École Dynamique. J’habitais nulle part de très précis en fait, puisque j’étais en rando. Techniquement j’ai quitté la maison de mes parents quand j’avais 14 ans pour aller chez ma grand-mère. Ce qui me rend parfois triste c’est qu’ils ne comprennent pas Sudbury comme moi. Ils ne voient pas ce que ça a fait sur ma vie, à quel point ça a changé les choses.

A : Tu disais que ça avait « sauvé ta vie » ? Ce n’est pas un peu fort ? Tu peux expliquer ?

Mattéa : C’est quoi l’inverse de proactif ? [fou-rire de deux minutes]

A : Bon, on avait dit pas d’insultes !

Mattéa : Avant l’École Dynamique y avait une vérité que je cherchais à saisir. Je cherchais un maximum de sensations physiques. Avec tous les risques que ça peut impliquer. Je cherchais une sensation tellement bouleversante que ça vaudrait le coup de vivre. C’était aussi la période où avec mon ex on s’est quittés. J’avais la certitude que je ressentirais plus jamais ce que j’avais ressenti pour et avec lui. Et j’avais déjà le bac, donc plus de cadre, plus d’obligations, le grand bain, quoi!

A : Dans trois mois, si tu quittes l’École Dynamique tu feras quoi ?

[Une moto passe en faisant un bruit infernal.]

Mattéa : Le moins de BRUIT possible. [Rires] J’ai besoin de trouver une solution. Un toit. Du temps. De la tranquillité. Travailler le minimum pour assurer ma sécurité physique. Y a plein de trucs qui me passionnent. J’ai un projet musical secret qui, du coup, n’est plus du tout secret puisque tu vas poster ça sur le Facebook de l’École. Avant je me disais, quand j’avais 11-16 ans : « à 16 ans j’aurai le bac, à 18 ans je publierai mon premier livre, à 21 ans j’aurai un master, je ferai un doctorat, blabla ». Maintenant je me dis que l’âge pour faire ceci ou cela, on s’en tape.

A : si tu quittes l’École Dynamique, tu garderas quel type de relations avec elle ?

Mattéa : Je passerai régulièrement si je reste en région parisienne. J’ai quelques grand-e-s ami-e-s à l’École Dynamique.

A : Ah bon. [Rires] Quand tu entends l’expression « métier de rêve », tu penses à quoi ?

Mattéa : Je pense à quand j’étais derrière les barreaux de l’école… classique ! Pour m’aider à tenir je faisais plein de plans à l’époque. Le dernier, c’était entrer à l’École Normale de Cachan, faire du droit, enchaîner avec l’École Nationale de la Magistrature et devenir juge. Je faisais des plans super précis année par année, qui changeaient régulièrement, pour me rassurer. Ça passait aussi le temps. Ça rendait le temps passé en classe moins… vain.

A : Du coup « partir en rando », c’était venu comment ?

Mattéa : C’était une fuite. Je voulais vivre la vraie vie comme dans les films, comme dans les livres. Je voulais me démarquer des autres. Dire non à la Fac, c’était autant me décaler que me trouver moi-même. Mais la rando c’était pour remplir un vide, faire quelque chose quand même… Maintenant j’ai plus envie de m’échapper. On ne peut pas échapper à soi-même. Mon rêve maintenant, la personne que j’aimerais devenir… Je vois beaucoup de gens de 25-35 ans qui dénigrent l’adolescent qu’ils ont été. J’aimerais être aussi respectueuse envers moi-même (envers qui j’ai été et qui je serai) que j’essaie de l’être avec les autres. Me traiter avec respect. Donc peu importe ce que je fais, j’ai envie de rester fidèle à la Mattéa adolescente, même si j’ai beaucoup changé et que je changerai forcément. Chaque chemin est unique et juste, et on ne peut le tracer qu’en même temps qu’on avance, qu’on bifurque, qu’on emprunte un rond-point… Je suis certaine que je ne peux pas me tromper, pas me perdre, je le sens.

A : En ce moment je me pose personnellement beaucoup de questions sur le rôle d’un « facilitateur » dans une école comme la nôtre. Quel est ton avis là-dessus ?

Mattéa : Arrrrgh! C’est un mot à la con un peu ! En plus, il y a des enfants de l’École qui m’ont « facilitée » ! Donc le basique « membre du personnel », c’est amplement suffisant ! Le rôle des membres du personnel, selon moi, c’est notamment de défendre la culture de l’École Dynamique ou autre et être capable de gérer tous les aspects pratiques d’une école Sudbury. Et d’y être surtout pleinement membre. Y a rien à « faciliter » ! Surtout qu’on peut imaginer une école où la majorité des pôles auraient des jeunes pour responsables!

A : Est-ce qu’un membre du personnel a quand même le droit de jouer au jeu de Go dans le cadre de l’École Dynamique ? [Rires]

Mattéa : Je vais répondre comme Élise à la dernière question de son interview : question piège! Par contre j’aimerais bien que tu me montres… Apprentissage informel en vue!

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