Nous avons tous une place

Article écrit le 29 novembre 2018 par Thalie, 16 ans, membre de l’École Dynamique.

Je m’appelle Thalie, j’ai 16 ans et aujourd’hui j’ai décidé de mettre ma vie sur un papier. D’écrire mon histoire pour que les gens comprennent où j’en suis aujourd’hui, et pour qu’ils n’aient plus peur de la différence.

Depuis toute petite, j’adore l’école. Pour vous dire, mes meilleures amies étaient mes maîtresses. Elles venaient goûter chez moi et ma directrice me raccompagnait parfois jusqu’à mon appartement. Tout allait bien pendant la primaire, j’avais des « bonnes notes », travaillais bien et rendais, je crois, fiers mes parents. Je suis rentrée au collège avec l’idée que les gens seraient plus grands, et que nous pourrions vraiment dialoguer, j’y ai découvert tout le contraire. J’avais quelques amis certes mais n’aimais pas le collège ou alors c’était lui qui ne m’aimait pas, je ne sais pas. J’ai fait la sixième sans souci particuliers, la cinquième aussi. Alors, bien sûr, les cours ne m’intéressaient pas forcément, mais j’y survivais. La quatrième a été pour moi la meilleure des années, j’avais une classe où je retrouvais tous mes copains, et on s’est énormément amusé sans vraiment bosser d’ailleurs. Mais arrivée en troisième, on se voyait tous les jours depuis trois ans et on a commencés à se lasser les uns des autres. De mon côté, j’ai commencé à me faire harceler pour des raisons complétement injustifiées. Plus les mois passaient, plus je me retrouvais seule à manger à la cantine ou aux heures de pause. C’était de plus en plus dur de me lever le matin en me disant que j’allais encore SUBIR une journée d’école. Les angoisses ont commencées à apparaître dès qu’on me parlait d’école, le mal-être dès qu’un contrôle approchait. Mais malgré tout, j’ai réussi à finir mon année ainsi que mon brevet avec mention.

J’avais peur de rentrer au lycée, le harcèlement continuait et je subissais toujours sans en parler. Je gardais tout pour moi, parce qu’exposer ses problèmes n’est pas dans ma nature, et que j’avais peur du possible jugement des autres. J’ai essayé de me persuader que le lycée allait bien se passer, que les gens étaient différents, qu’ils étaient matures et que je me sentirais à ma place. J’y suis allée la boule au ventre et en pleurant. Je vous laisse imaginer la première impression que j’ai pu donner à mes camarades. Petit à petit j’ai commencé à découvrir des gens toujours en restant sur mes gardes de peur de revivre des choses similaires à ce que j’avais vécu au collège. Parallèlement le harcèlement me rongeait de l’intérieur. Je pleurais le matin en me levant et le soir en m’endormant, je subissais ma vie et ne prenais plus aucun plaisir. J’ai commencé à vomir au lycée, à sécher parce que mon subconscient me le demandait. Mais encore une fois je gardais tout pour moi, je ne voulais pas embêter mes parents avec ça. En décembre mon état physique comme mental a commencé à vraiment se dégrader. Je ne pouvais plus le cacher à mes parents, qui ont pris un rendez-vous avec le lycée. Il leur a été conseillé de m’envoyer voir une psychiatre, chose qu’ils ont fait avec mon accord. J’allais à tous les rendez-vous mais je n’avais pas l’impression d’avancer. Alors, en parallèle, j’ai cherché comment échapper à ce mal-être et au lycée. J’ai trouvé plein d’écoles alternatives dont une qui s’appelle L’École Dynamique. J’ai contacté des membres de cette école pour en savoir un peu plus et j’ai emmené mes parents à une porte ouverte. Je vous laisse imaginer mon état : j’avais des étoiles pleins les yeux et au fond de moi je me suis dit « C’est là. Juste, c’est là que je veux être, et pas ailleurs ».

Malheureusement, cette école est un lieu sans professeur, sans classe, sans programme, où l’on apprend avec sa propre motivation, cela ne plaisait pas à mes parents – chose que je peux comprendre aujourd’hui, mais que je rejetais avant. J’en ai énormément voulu à mes parents. Mais le lundi, il fallait que j’aille en cours, ce qui a été très compliqué. J’ai continué à vivre avec une boule au ventre et à visiter d’autres établissements qui étaient très intéressants mais où je ne me sentais pas à ma place. Les mois passaient, je me recroquevillais de plus en plus sur moi-même et j’abandonnais petit à petit l’école. J’ai commencé à faire des crises d’angoisse au lycée, pendant les contrôles, et à chaque fois je finissais à l’infirmerie. Alors, au début, c’était de temps en temps. Et puis cela a été au rythme d’une fois par semaine, qui s’est transformé en une fois par jour, parfois même plusieurs fois dans la même journée. Quelques-uns de mes profs ont commencé à penser que je simulais, d’autre me soutenaient et ma psychiatre a décidé de raconter mon histoire à mes parent – chose qui ne m’a pas forcément aidée. J’ai fini mon année de seconde et aujourd’hui encore, je me demande comment. J’ai pris la décision de redoubler pour pas qu’on me l’impose et pendant quelques temps j’essayais de faire comprendre par des sous-entendus que le lien entre l’école et moi avait été brisé. Le harcèlement s’allégeait mais il était toujours présent. J’ai dû demander à ma maman de m’accompagner au commissariat. J’ai raconté devant elle toute l’histoire pendant que le policier, derrière son écran, se moquait de moi et essayait de me faire comprendre que c’était de ma faute. J’ai quand même passé les vacances d’été sans vraiment de problème et une fois rentrée à Paris, la psychiatre m’a mise sous antidépresseur et antihistaminique sans mon accord. Je suis donc allée à la rentrée « aidée » de médicaments, ce qui ne m’a pas empêchée de faire une crise d’angoisse à l’angle de la rue du lycée. J’y suis quand même allée mais je suis rentrée en pleurant et en me disant : « je ne veux pas y retourner demain ». Alors le lendemain soir, en rentrant, je suis allée dans la cuisine et j’ai dit à mon père : « j’arrête, c’est fini pour moi. J’arrête le lycée et tu peux me traîner par les pieds je n’y retournerai pas ». Je lui ai exposé les deux options qui s’offraient à moi : suivre le CNED mais rester seule à la maison et ne plus voir mes amis. Ou aller à l’École Dynamique, malgré un coût financier élevé à ce moment-là, et avoir une vie sociale. Il n’a pas vraiment eu le choix. Une semaine après j’étais à l’École Dynamique.

Aujourd’hui cela fait deux mois que j’y suis et je n’ai jamais été aussi heureuse. Voici une phrase d’un des membres de l’école, qui a parlé en nos noms : « l’école nous a tellement détruits et amochés que la première chose que l’on fait en arrivant ici, c’est un travail sur nous-même ». Et cela est vrai. Nous cherchons d’abord à réparer ces blessures que l’école nous a faites. Et tout simplement, on cherche à être heureux et à vivre. Cela fait deux mois que je vis et c’est si bon, que j’aurai aimé vivre avant. Alors juste pour vous dire que même si nous sommes différents aux yeux de la société, nous avons tous notre place quelque part. Moi, c’était dans cette école, mais elle ne peut pas plaire à tout le monde. Alors peut-être que pour vous, qui lisez ça, elle sera ailleurs.
Il faut juste prendre le temps de la trouver.


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